L'insuffisance rénal terminale (IRT) conduisant au passage sous dialyse ou à la transplantation est une pathologie dont la fréquence a doublé au cours des 20 dernières années dans les pays occidentaux. Afin de prévenir l'apparition de cette phase ultime de dégradation de la fonction rénale, un dépistage des stades précoces a été mis en place dans de nombreux pays. Il repose essentiellement sur la détermination de la clairance de la créatinine, mesurée ou calculée (en fonction de la créatioinémie, du sexe, de l'âge et du poids).

La politique de prévention en santé publique imposant d’évaluer la rentabilité des mesures proposées, une équipe norvégienne a mené une étude prospective sur une longue période (8 ans) et sur une importante cohorte (65604 individus de plus de 20 ans, avec une moyenne d’âge de 49 ans).

Tous ces sujets ont bénéficié d’une détermination de leur DFG (Débit de Filtration Glomérulaire). 4,7% d’entre eux avaient un DFG diminué (< 60ml/mn/1,73 m2). L’étude des caractéristiques de cette population et de l’évolution de leur fonction rénale dans le temps a permis de dégager certaines informations concernant la pertinence des pratiques.

Un dépistage systématique touchant théoriquement 100% de la population adulte) permettrait de dépister 100% des IRC avec 20,6 sujets à tester pour 1 cas d’IRC. Une politique de dépistage plus restrictive n’intéressant que les sujets présentant une HTA ou un diabète réduirait significativement le nombre de personnes à dépister (5,9 sujets à tester pour 1 cas d’IRC) mais n’identifierait que 44,2% des IRC. Cette diminution de sensibilité inacceptable est considérablement réduite si on y ajoute un simple critère d’âge avec l’inclusion d’un critère d’âge (> 50 ans). 93,2% des IRC sont alors dépistées avec un rapport intéressant de 8,7 sujets à tester pour 1 IRC.

Ce travail a également permis de mettre en lumière le rapport étroit existant entre l(‘IRC et le risque cardio-vasculaire. Durant les 8 années de suivi, la mortalité cardio-vasculaire a été corrélée au TFG avec une stratification du risque (0,4 mort/an pour un DFG > 60, 3,5 pour un DFG entre 45 et 59, 7,4 pour un DFG entre 30 et 44 et 10,1 pour un DFG inférieur à 30).

Paradoxalement, cette étude a montré que l’évolution des IRC vers l’IRT était un événement relativement rare, du moins sur une durée de 8 ans, puisque seuls 51 sujets ont atteints ce stade. Même les sujets présentant un DFG < 30 à l’occasion du dépistage initial n’ont connu cette évolution défavorable que dans 20% des cas. Cette évolution favorable peut toutefois s’expliquer par la prise en charge dont ils ont bénéficié du fait du dépistage. Les facteurs péjoratifs sont ceux utilisés pour le dépistage, à savoir l’âge, le diabète et l’HTA.

Au total, il ressort néanmoins de cette étude que le risque de morbimortalité des sujets atteints d’ IRC est cardio-vasculaire et non rénal.

 

BMJ on line – 26/10/2006