Bien que la tuberculose soit une maladie normalement curable depuis 1943, son importance en terme de morbi-mortalité reste effrayante puisqu’elle serait toujours à l’origine de 1,7 millions de décès annuel avec une incidence croissante, concernant évidemment les pays les plus pauvres. L’objectif de l’OMS est de diminuer de moitié la prévalence de cette affection d’ici 2015. Au-delà d’une amélioration des conditions socio-économique des régions concernés, il est indispensable de simplifier les méthodes permettant le diagnostic et la décision thérapeutique. Les techniques de bactériologie classique ou moléculaire actuellement utilisées sont en effet, du fait de leur complexité ou de leur durée, difficilement transposables aux pays du tiers-monde.

Pour toutes ces raisons la technique MODS (Microscopic Observation Drug Susceptibility) récemment proposée fait naître de grands espoirs. Elle repose sur 3 principes simples : la croissance rapide du BK en milieu liquide, l’arrangement filamenteux (cordes) des bactéries en phase de multiplication et le fait que l’ajout d’antibiotiques aux cultures permet de réaliser un antibiogramme en temps réel. La culture se déroule dans des plaques spécifiques permettant son observation microscopique par un opérateur entraîné. Toute suspicion de positivité fait réaliser une coloration afin de mettre en évidence les cordes caractéristiques. Depuis 2000 où elle avait été testée au Pérou, la technique MODS a été améliorée par les chercheurs de l’université John Hopkins à Baltimore. Récemment réévaluée dans les mêmes conditions (sur un échantillon de 3760 expectorations dont 10,7% se sont révélées être positives) versus les technique de culture classique ou automatisées, elle a montré une sensibilité nettement supérieure (98% contre 84 et 89%). En outre le délai de réponse positive moyen a été considérablement raccourci ((7 jours contre respectivement 26 et 13 jours). Des résultats remarquables ont également été observés pour l’antibiogramme : la concordance avec la technique de référence étaient de 100% pour la rifampicine, 97% pour l’isoniazide, 95% pour l’éthambutol et 92% pour la streptomycine, avec un rendu moyen à J7 après la positivation.

Ces résultats spectaculaires offrent des perspectives extrêmement alléchantes. Cette méthode ne nécessite qu’un matériel simple et semble parfaitement adaptée aux régions en voie de développement où sévissent des souches multi-résistantes. La principale condition de son succès semble résider dans le facteur humain, une formation rigoureuse des opérateurs étant indispensable à la fiabilité de la méthode.

 

NEJM – 2006 ; 355 ;15 : 1539-1550