Une association entre Covid-19 et maladies auto-immunes (MAI) a été suggérée, liée à une action possible du SARS-CoV-2 sur l’auto-tolérance et le déclenchement éventuel de réactions d’auto-immunité. En effet, de nombreux articles ont rapporté, après l’épisode infectieux viral, la survenue de pathologies variées telles que : alopecia areata, vitiligo, lupus érythémateux systémique, vascularite ou encore chez l’enfant, syndrome inflammatoire multi systémique. Toutefois, à ce jour, leur incidence et risque de survenue restent encore imprécis.
Une équipe coréenne a cherche à mieux les définir (1). Ils ont utilisé les données de population issues du registre COVID-19 du Service national d'assurance maladie coréen qui enregistre toutes les données cliniques et évolutives des patients infectés par le Covid-19. 
Parmi les 581 500 individus répertoriés entre le 8 octobre 2020 et le 31 décembre 2021 avec un diagnostic confirmé de Covid-19, un groupe de 354 886 sujets (âge moyen 52 ans, à partité de sexe) qui avaient bénéficié d’un examen de santé, puis de contrôles ultérieurs, a été sélectionné et a été comparé à un groupe de 6 160 499 individus, avec suivi médical, stratifiés en fonction de l’âge et du sexe (répartition comparable), mais non mentionnés dans le registre NHIS-Covid 19, donc, a priori, non infectés.
La date de positivité de la PCR a servi de date index pour le suivi de la cohorte de malades. La population a été suivie à partir de la date index jusqu'au diagnostic de la maladie, à l'émigration, au décès ou à la fin de la période d'étude (31 décembre 2021). L’incidence et le risque de survenue de pathologies auto-immunes et auto-inflammatoires dans chacun des groupes furent calculés. Parallèlement 32 covariables démographiques, socio-économiques et les principales comorbidités des populations suivies furent notées et des méthodes statistiques utilisées pour éviter les biais.
Pendant la durée du suivi (en moyenne : 119,70 et 121 jours respectivement dans chaque groupe), les MAI les plus fréquentes ont été dans les 2 groupes : polyarthrite rhumatoïde, alpecia areata, psoriasis. Il apparut que les sujets Covid+ ont eu un risque significativement plus important de développer une maladie auto-immune, mais avec des risques variables selon les pathologies, le sexe, l'âge et la sévérité de l'infection.
Le aHR global s’établit à 1,74 (CI : 1,39-2,17) pour une alopécie totale et à 2,76 (CI : 1,64-4,65) pour la survenue d’une vascularite à anticorps anti cytoplasmiques (ANCA). Il fut de 1,68 (CI : 1,31-2,15) pour la maladie de Crohn et à 1,59 (CI : 1,00-2,52) pour la sarcoïdose. 
Les femmes présentaient un risque plus élevé de pelade, de vitiligo, de vascularite ANCA+, de maladie de Crohn et de sarcoïdose. Les hommes ont eu, pour leur part, un risque plus grand d’alopécie totale, de psoriasis, de maladie de Still de l’adulte, de sclérodermie systémique et de spondylarthrite ankylosante. Selon l’âge, au-delà de 40 ans, le risque a semblé plus conséquent de voir survenir une alopécie ou une vascularite à ANCA tandis qu’avant cet âge, le risque a été plus important de maladie de Crohn, de Still de l’adulte, de polyarthrite rhumatoïde ou de sarcoïdose. Enfin, de façon générale, le risque a été d’autant plus grand que l’infection à SARS-CoV-2 avait été plus sévère. A l’inverse, il a été moindre chez les vaccinés.
Dans la littérature, une vaste étude de cohorte avait déjà signalé que les individus infectés par le Covid-19 présentaient un risque majoré de pathologies auto-immunes secondaires (2). Il était également apparu que les sujets caucasiens étaient, de façon générale, plus exposés que les asiatiques. Certains travaux sur la pathogénie ont évoqué un taux de complément plus bas, une réponse en anticorps plus importante ou un relargage plus massif de cytokines, dont les interleukines 6 et 1.
D'autres mécanismes peuvent être impliqués tels qu'une dysfonction de l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2. Dans la vascularite à ANCA, le rôle d’une hypercoagulabilité avec atteinte endothéliale a été mise en avant et, dans la maladie de Crohn, une réponse TH1 excessive contre le SARS-CoV-2. Dans toutes ces pathologies, la sévérité de l’infection virale initiale a été un élément majeur du risque de survenue.
Cependant, l’impact de la vaccination a paru plus incertain, un rôle protecteur ayant toutefois été avancé. Toutes ces données se rapportant à des pathologies très diverses, suggèrent un processus physiopathologique commun, avec persistance, après la phase aiguë de l’infection virale, d’une réponse auto-immune. En pratique, ceci nécessite une surveillance accrue des patients à distance, notamment de ceux pour qui l’infection virale a été marquée cliniquement.
Ce travail comporte toutefois des limites certaines. Il a concerné une population d’adultes de même origine ethnique, sans généralisation possible. Certaines pathologies étudiées n’ont comporté qu’un nombre très restreint de cas. Enfin, la durée de suivi a été relativement courte, eu égard de la lenteur possible du développement des maladies auto immunes post-Covid-19. 


RÉF :
(1) Lim SH, Ju HJ, Han JH, et al. Autoimmune and Autoinflammatory Connective Tissue Disorders Following COVID-19. JAMA Netw Open. 2023 Oct 2;6(10):e2336120. doi: 10.1001/jamanetworkopen.
(2) Chang R, Yen-Ting Chen T, Wang SI, et al. Risk of autoimmune diseases in patients with COVID-19: A retrospective cohort study. EClinicalMedicine. 2023 Feb;56:101783. doi: 10.1016/j.eclinm.2022.101783.