Chez les patients coronariens, les anti-inflammatoires diminuent le risque d’événements cardiovasculaires (CV) et la CRP hyper-sensible est parfois utilisée comme marqueur diagnostique ou pronostique pour déterminer l'importance de l'ischiemie. En revanche, la notion d'une relation qui pourrait exister entre l’inflammation et le devenir des patients qui ont une autre maladie CV telle qu’une maladie cérébrovasculaire (MCeV), une artériopathie des membres inférieurs (AMI) ou encore un anévrysme de l’aorte abdominale (AAA) n'a jamais été clairement établie.
C’est ce qui a conduit une équipe néerlandaise à tenter de préciser, à partir de l’étude prospective Utrecht Cardiovascular Cohort-Second Manifestations of ARTerial disease, l’association éventuelle entre le taux basal de CRP (C-reactive protein) et le devenir des patients ayant une maladie coronaire (n = 4 517), une MCeV (n = 2 154), une AMI (n = 1 154) ou un AAA (n = 424). A noter que c'est la CRP US (marqueur d'inflammation classique) et non la CRP HS (marqueur de la maladie coronarienne) qui a été dosée. Cette association a été évaluée grâce à des modèles statistiques ajustés pour l’âge, le genre, le statut tabagique, la présence d’un diabète, l’indice de masse corporelle, la pression artérielle systolique, le taux du cholestérol non-HDL (non–high-density lipoprotein cholesterol), le taux de filtration glomérulaire afin d'éviter les biais d'interprétation principaux.
Le critère principal était la récidive de la maladie CV définie par la survenue : d’un infarctus du myocarde (IDM), d’un accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique ou d’un décès CV. Les critères secondaires étaient les événements majeurs intéressant les membres inférieurs, la mortalité de toute cause.
Lors d’un suivi qui a été en moyenne de 9,5 ans, il a été dénombré : 1 877 récidives d’événements CV, 887 événements majeurs intéressant les membres inférieurs, 2 341 décès de toute cause.
Le taux basal de CRP s’est trouvé indépendamment associé avec la récidive d’événement CV et avec tous les éléments du critère secondaire.
Comparés à ceux du premier quintile de CRP (taux de CRP les plus bas) les "sur-risque" (HR) de récidive d’événement CV étaient de : 1,60 dans le dernier quintile de CRP (taux ≤10 mg/l) et de 1,90 dans le sous-groupe dont le taux basal de CRP était >10 mg/l.
Le taux basal de CRP était associé à une récidive dans tous les types de maladie CV à savoir la maladie coronaire comme on pouvait s'y attendre mais aussi les MCeV, AMI et AAA. L'augmentation d'incidence chez les sujets présentant une inflammation était modérée (maximum 15%) mais statistiquement significative.
L’association entre le taux basal de CRP et la mortalité de toute cause était tout de même significativement plus marquée en présence d’une maladie coronaire comparée à toutes les autres localisations de la maladie CV. A noter que toutes les associations restaient valides même 15 ans après la mesure du taux basal de CRP.
En conclusion, des taux élevés de CRP sont indépendamment associés à une augmentation du risque de récidive de la maladie CV et de décès, quelle que soit la localisation initiale de la maladie CV. La prise en compte de ce facteur doit inciter les chercheurs à prendre en compte le rôle physiopathologique de l'inflammation chronique dans les MCV et à l'intégrer aux mesures de prévention secondaires.
Ref : Burger PM et coll. : C-Reactive Protein and Risk of Cardiovascular Events and Mortality in Patients with Various Cardiovascular Disease Locations. Am J Cardiol 2023 ; 197 : 13-23.
doi.org/10.1016/j.amjcard.2023.03.025
