La 57e conférence annuelle (virtuelle) de l’European Association for the Study of Diabetes (EASD), qui s’est déroulée du 27 septembre au 1er octobre, a été riche en nouvelles données que ce soit dans le diabète de type 1 ou celui de type 2, et concernant toutes les étapes de la maladie, du prédiabète aux complications. Le Covid y a tenu, encore une fois, une place majeure.  Certes, les médecins n'ont pas attendu ce congrès pour constater les liens entre le diabète et le Covid, mais les données accumulées permettent de les préciser. Les données les plus récentes sont issues de 60 études portant sur plus de 45 000 personnes de 18 pays*. Il s’agit de la seconde édition de la revue (Cf Diabetologia de juillet 2021).
Les patients diabétiques représentent ainsi près de 15 % des cas de Covid mais c'est surtout le risque accru de décès des patients diabétiques touchés par le Covid-19 qui est confirmé ainsi que les phénotypes des patients les plus vulnérables. Les comorbidités ou facteurs de risque associés jouent en effet un rôle considérable. 
Il en ressort que les hommes diabétiques ont un risque de 39 % supérieur de mourir du Covid par rapport aux femmes diabétiques ; les personnes diabétiques âgées de 65 ans ont un risque de décès multiplié par 3 versus les moins de 65 ans. Pour chaque année supplémentaire, le risque relatif de décès lié au Covid augmente de 5 %. Ces critères de gravité, sexe et âge, sont d’ailleurs partagés par les non diabétiques. 
En outre, les personnes obèses (IMC >30 kg/m2) et diabétiques présentent un risque augmenté de 47 % de décès lié à l’infection en comparaison des personnes diabétiques mais de poids normal. 
Seulement quelques études s’intéressent aux facteurs spécifiques du diabète possiblement en relation avec le Covid. Les associations les plus pertinentes sont observées pour le niveau de glucose sanguin à l’admission en milieu hospitalier : une glycémie >11 mmol/L multiplie par 3,7 le risque de décès par rapport à une glycémie <6 mmol/L. De surcroît, les patients qui utilisent de l’insuline pour le contrôle de leur diabète ont 79 % plus de risque de décès, son usage étant un marqueur de diabète plus avancé… A l’inverse, ceux qui sont traités par de la metformine (la molécule de première intention) ont un risque diminué de 37 % versus ceux qui n’en prennent pas. 
A l’instar des personnes indemnes de la maladie, les patients diabétiques sont plus à risque de mourir du Covid quand ils ont par ailleurs une maladie cardiovasculaire (le risque est alors augmenté de 39 %), une insuffisance rénale chronique (de 81 %) ou une maladie pulmonaire obstructive chronique (de 23 %). De plus, et c’est une donnée supplémentaire par rapport à la première édition de cette revue, l’usage de statines chez les patients diabétiques accroît le risque de décès de 75 %, probablement parce qu’il témoigne d’une maladie cardiovasculaires sous-jacente. Enfin, à chaque 10 mg/L supplémentaire de protéine C-réactive, le risque de décès dû au Covid des patients diabétiques augmente de 15 %. 

A contrario, il est interessant d'évaluer l’impact de la pandémie sur la prise en charge des patients diabétiques (versus notamment les patients hypertendus ou BPCO), avec un déficit (ou un retard) de diagnostic de nouveaux cas de diabète et un recours effondré à la mesure de l’HbA1c de suivi d’un diabète. Or une année de mauvais contrôle glycémique suffit à augmenter le risque d’infarctus du myocarde de 67 %, d’insuffisance cardiaque de 64 %, d’AVC de 51 % ou de rétinopathie de 7%. Enfin, l’hospitalisation pour Covid peut être l’occasion de la survenue d’un diabète qu’il soit induit par un traitement stéroïdien, dû à une dysfonction des cellules b (en raison de la liaison Sars-Cov2-ACE2 dans les îlots) ou à la transformation d’un prédiabète à la faveur des contraintes épidémiques (gain de poids et déficit d’exercice). 
Selon une étude anglaise multicentrique*, 2,5 millions de tests diagnostiques glycémiques n’ont pas été faits ou retardés pendant la période du confinement (soit une moyenne de 400 000 par mois) : probablement 213 000 diagnostics de prédiabète ont été méconnus et 68 500 de diabète avéré. Au moins 1,4 millions de tests de patients diabétiques sont passés à la trappe, dont plus de 500 000 pour des patients à haut niveau de glycémie. Le nombre de tests HbA1c a chuté également de façon dramatique, de 32 à 19 000 par mois. A noter, un tiers des décès liés au Covid au Royaume-Uni concernent des patients diabétiques. l’HbA1c des patients de type 2 a augmenté de 0,14 % en moyenne pendant les confinements, avec une prise de poids, deux effets collatéraux du Covid sans doute liés à l’absence d’activité physique, des repas déstructurés, du manque de sommeil, etc...
A l’inverse des patients diabétiques de type 2 dont le contrôle glycémique était moins bon, le contrôle des diabétiques de type 1 s’est paradoxalement amélioré pendant le confinement. Le temps passé dans la cible d’HbA1c a progressé (entre 0.7 et 1.8 g/l) et les niveaux d’HbA1c ont décru de 0,05 % en moyenne. 
Ref : *Eberle, C., et al. Diabetol Metab Syndr 13, 95 (2021). Diabetologia 64, 1480–1491 (2021)