Le variant delta du SARS-CoV-2 (B.1.617.2) a été repéré pour la première fois en Inde, dès le mois de décembre 2020. En l’espace de quelques mois, il est devenu le variant dominant dans de nombreux pays étant responsable de la quatrième vague. La haute transmissibilité de ce variant est largement établie au point qu’elle a constitué un stimulus puissant dans le déclenchement ou le renforcement de la vaccination de masse dans la plupart des pays confrontés à sa propagation explosive. Si la contagiosité accrue est avérée, la question de la virulence de ce variant et du risque de forme sevères était discutée.
Un premier signal de sévérité accrue du variant Delta était venu de résultats préliminaires écossais, publiés dans « The Lancet ». Dans une nouvelle étude, publiée dans « The Lancet Infectious Diseases », des chercheurs britanniques confirment que le variant Delta double le risque d’hospitalisation par rapport au variant Alpha.

Leur analyse a porté sur les données de 43 338 cas positifs au Covid-19 en PCR, enregistrés en Angleterre entre le 29 mars et le 23 mai 2021 et soumis à un séquençage génomique. Parmi eux, 34 656 avaient été infectés par le variant Alpha (80 %) et 8 682 par le Delta (20 %), ce dernier étant devenu dominant en Angleterre au cours de l’étude. Les trois quarts des patients (74 %) n'étaient pas vaccinés et un quart (24 %) n'avait reçu qu'une seule dose, les personnes complètement vaccinées ne représentant que 1,8 % des contaminations.Dans les 14 jours suivant le premier test positif, 2,3 % des cas de variant Delta ont été hospitalisés, contre 2,2 % des cas de variant Alpha. Mais en ajustant les données selon l’âge, le groupe ethnique et le statut vaccinal, le rapport de risque ajusté(HR) s’élève à 2,26. Le risque de passages aux urgences était également 1,5 fois plus élevé pour les personnes infectées avec Delta par rapport à celles touchées par le variant Alpha. Par ailleurs, les patients avec le variant Delta étaient légèrement plus jeunes (âge médian 29 ans) que les patients avec le variant Alpha (âge médian 31 ans) », avec également une plus grande proportion de patients d'origine asiatique dans le groupe Delta.
Dans le sous-groupe de patients vaccinés (≥ 21 jours après la première dose de vaccination, avec et sans deuxième dose), aucune différence significative n'a été détectée entre les infections par l’un ou l’autre des variants. Mais les estimations de risque pour le variant Delta par rapport à Alpha chez les patients vaccinés étaient limitées par une faible précision statistisques du fait d'un effectif réduit.Les auteurs estiment que cette analyse met en évidence qu'en l'absence de vaccination, toute épidémie Delta imposera un fardeau plus lourd sur les systèmes de santé que l'épidémie Alpha. Ils estiment que la vaccination offre une excellente protection contre Delta et, alors que ce variant est devenu très dominant en Europe actuellement, il est vital que ceux qui n'ont pas reçu deux doses de vaccin le fassent dès que possible.

Pour les auteurs ces résultats ne sont pas une surprise au vu de la capacité de réplication du variant Delta (jusqu'à 1 000 fois plus de copies produites lors de la réplication) et de la modification de la protéine Spike lui permettant de pénétrer plus facilement les cellules. Cette combinaison de plus nombreuses copies virales et d'une meilleure pénétration cellulaire favorise une virulence accrue du virus en particulier chez un individu non vacciné.
Ces résultats les incitent  à prôner la vaccination de masse pour juguler la circulation du virus et éviter l’apparition d’autres VOCs susceptibles de pérenniser la pandémie.


Ref : Twohig KA et coll. : Hospital admission and emergency care attendance risk for SARS-CoV-2 delta (B.1.617.2) compared with alpha (B.1.1.7) variants of concern : a cohort study. Lancet Infect Dis 2021 ; publication avancée en ligne le 27 août. doi.org/10.1016/ S1473-3099(21)00475-8.