Les prélèvements sanguins effectués chez les nouveau-nés hospitalisés, en particulier prématurés, peuvent être d’un volume conséquent quand il s’agit de faire un bilan infectieux avec numération et hémoculture au minimum, voire un bilan plus ou moins étendu avec ionogramme, numération, groupe, gaz du sang
et éventuellement tests de coagulation. Ces investigations initiales entraînent une spoliation sanguine notable et contribuent à l’anémie d’autant plus importante que le nouveau-né est plus prématuré. De surcroît, la quantité limitée de sang recueilli par ponction veineuse périphérique diminue la qualité des résultats ; en particulier, l’hémoculture nécessite un ou 2 millilitres de sang pour isoler un germe chez un enfant septique avec une bactériémie faible. Enfin, la difficulté de ponction veineuse entraîne des échecs et des reprélèvements qui sont pénibles, pour le nouveau-né et le personnel soignant.
L’utilisation du sang placentaire prélevé par la veine ombilicale représente une alternative intéressante : le volume sanguin du placenta est en effet plus important et l'accès plus facile. Cependant, peu d’études ont été consacrées à cette possibilité, en cas de clampage tardif et à la faisabilité de prélèvement artériel ombilical.
Une étude prospective a été conduite en Australie dans le but de tester la validité des prélèvements au niveau de la veine et l’artère ombilicale en comparaison de ceux obtenus par prise de sang périphérique. Les nouveau-nés testés étaient considérés comme à risque d’infection en raison d’une chorio-amniotite ou d’une prématurité avec ou sans rupture prématurée des membranes. Tous les enfants ont eu un clampage du cordon retardé au minimum d’une minute. Un prélèvement stérile artériel et veineux a été effectué et les résultats des examens ont été comparés en fonction du site du prélèvement. Les normes retenues pour les constantes hématologiques étaient basées sur les données publiées ; pour les plaquettes, un écart ≥ 40 000/L a été considéré significatif.
Au total, 67 prématurés (terme moyen était à 33,6 ± 4 SA et le poids de naissance de 2 249 ± 926 g) ont eu au minimum un prélèvement. 58 % étaient nés par césarienne ; pour plus de la moitié il y avait une chorio-amniotite. Il y a malgré tout également des échecs de prélèvement au niveau ombilica liés à des problèmes placentaires, à des difficultés de cathétérisme ou à des prélèvements incomplets mais le prélèvement ombilical artériel a néanmoins permis de doser hémoglobine et leucocytes 52 fois, le prélèvement veineux 61 fois et les plaquettes ont pu être dosées respectivement 39 et 48 fois.
Les prélèvements sanguins périphériques n’ont pas permis l’hémoculture 15 fois et 12 fois on a dû reprendre la ponction en raison de la coagulation dans le tube.
Parmi les 67 prélèvements effectués, une comparaison a pu être faite entre 49 prélèvements ombilicaux (veineux 47, artériel 2) et sanguins périphériques. L’hémoglobine, le taux de leucocytes, de formes immatures et des plaquettes du sang périphérique étaient bien corrélés aux valeurs du sang artériel et veineux ombilicaux.
Les taux d’hémoglobine et de leucocytes étaient légèrement plus bas que ceux du sang périphérique, sans différence significative pour les plaquettes ni le pourcentage de formes jeunes. L’hémoculture a pu être faite sur le sang veineux ombilical (80 %) sur un volume sanguin plus important avec un taux bas de contamination (1,5 %).
En conclusion, même si le prélèvèment veineux périphérique reste le gold standard, les prélèvements ombilicaux à la naissance sont fiables et permettent l’hémoculture sur un volume de sang plus important sans contribuer à la spoliation sanguine.
RÉF : De B Medeiros P et coll. : Feasibility and accuracy of cord blood sampling for admission laboratory investigations: a pilot trial. J Pediatr 2021;57:611-617
