Quelle est la protection conférée par les vaccins à ARNm de Pfizer-BioNTech et de Moderna face aux variants émergents ? S'ils se révèlent aussi efficaces contre le variant britannique que contre les variants originaux, il ne semble pas en être de même pour le sud-africain et le brésilien. C’est ce qu’a cherché à quantifier plus précisément une étude américaine en testant des pseudovirus représentant les 10 souches circulantes de SARS-CoV-2.

Les chercheurs décrivent, vis-à-vis des variants, le potentiel neutralisant des anticorps générés par la prophylaxie chez 99 individus vaccinés par une ou deux doses de l’un des deux vaccins à ARNm.

Dans les études vaccinales en effet, les analyses ont suggéré des variations géographiques marquées avec une moindre efficacité contre la forme légère à modérée de la maladie dans des pays tels que l’Afrique du Sud et le Brésil, où l’épidémie est dominée par des variants.

Cinq de ces 10 pseudovirus, qui présentaient tous des mutations du domaine de liaison au récepteur (RBD) situé sur la protéine Spike, étaient hautement résistants à la neutralisation. Il s’agit de deux souches apparues au Brésil et au Japon (P.2 et P.1) et de trois sud-africaines.

En évaluant l'effet des anticorps neutralisants vaccino-induits contre ces nouvelles souches, il est apparu que les trois décrites d’abord en Afrique du Sud étaient 20 à 40 fois plus résistantes à la neutralisation et que les deux décrites au Brésil et au Japon l’étaient cinq à sept fois par rapport au virus SARS-CoV-2 original. 

Par ailleurs, les individus n’ayant reçu qu’une seule dose vaccinale présentaient des titres de neutralisation plus faible dans l’ensemble, y compris pour des souches habituellement contrôlées. Cela rehausse l’importance du schéma à deux doses pour arriver à des titres de neutralisation efficaces, et peut-être plus largement, pour améliorer la protection contre les nouveaux variants. Ces résultats sont à prendre en compte dans le contexte de propositions d’administrer une seule dose de vaccin à un large nombre d’individus au lieu d’utiliser deux doses pour booster les premiers vaccinés.

Pour autant, le plus faible pouvoir neutralisant observé n’est pas forcément synonyme d’une absence de protection, tempèrent-ils. La neutralisation croisée n’est certes que partielle vis-à-vis des nouveaux variants mais leur étude n’a pas pris en compte l’immunité cellulaire, médiée notamment par les lymphocytes T et NK. Il n’en reste pas moins que ces résultats sont en faveur d’une reformulation des vaccins existants de façon à inclure des séquences diverses de Spike et à assurer une protection la plus large possible.

Ref : Cell https://doi.org/10.1016/j.cell.2021.03.013