Des chercheurs israéliens de l’institut scientifique Weizmann viennent de publier dans Nature leurs travaux, ouvrant la voie à l’utérus artificiel.
Ils ont mis au point une méthode permettant à des embryons de souris de se développer hors de l’utérus de leur mère au cours d’une période de six jours, alors que les études précédentes avaient réussi à faire croître des embryons pendant 1,5 jour maximum
Après avoir prélevé des embryons à cinq jours de gestation dans l’utérus de souris, les scientifiques les ont placés dans un système mécanique leur permettant de se développer six jours supplémentaires (la durée de gestation moyenne étant de 20 jours environ chez la souris).
Leur système comprend des flacons rotatifs remplis de nutriments, dans lesquels se sont développés des embryons de souris en dehors de l’utérus du 5e au 11e jour de développement,
Pendant ce laps de temps, l’embryon passe d’un amas de cellules à un animal avec des membres arrière formés et tous ses organes principaux. Ces embryons développés ex utero étaient identiques à des embryons développés in utero.
Cela donne aux chercheurs une vision sans précédent de la formation des organes et des membres des mammifères, un processus jusque-là caché dans le corps de la mère.
Jusqu’à présent, la seule façon d’étudier le développement des tissus et des organes était de se tourner vers des espèces comme les vers, les grenouilles et les mouches qui n’ont pas besoin d’utérus pour se développer.
Cette avancée pourrait donc permettre de mieux comprendre les différentes étapes du développement normal, ainsi que les potentielles anomalies qui peuvent survenir au cours de cette période.
Une meilleure compréhension de l’organogenèse pourrait ouvrir la voie à la formation d’organes in vitro pour les greffes.
Pour étendre leurs essais aux stades les plus précoces du développement, ils ont essayé de commencer la culture embryonnaire dès J0 au lieu de J5. Actuellement ils n'arrivent pas à dépasser J8 car les conditions nécessaires pour une croissance optimale ne sont pas encore définies.
Pour ces chercheurs, il est donc prématuré de parler d’utérus artificiel à ce stade. Même si leur système imite l’environnement de l’utérus et fournit aux embryons les nutriments et l’oxygène dont ils ont besoin pour grandir, il ne permet pas d’aller au-delà du 11e jour de développement.
Actuellement le système tel qu’il a été conçu permet d’apporter les nutriments via un système de diffusion. Or, les embryons de plus de 11 jours de gestation ont besoin d’un apport continu en nutriments et en oxygène à travers le placenta et le cordon ombilical,
En théorie, s'ils parvenaient à compléter leur dispositif et à créer un apport artificiel en sang, il serait possible de développer un embryon à terme.
Cette perspective n’est pas sans soulever des questions éthiques, en particulier si le système était appliqué à des embryons humains. Toutefois, le chercheur estime qu’on est encore loin d’une telle approche et par ailleurs les réglementations sont très strictes à ce sujet.
Ref : Ex utero mouse embryogenesis from pre-gastrulation to late organogenesis
Alejandro Aguilera-Castrejon, Bernardo Oldak, […]Jacob H. Hanna
Nature (2021)
