L’infection par le SARS-CoV-2 est complexe comme en témoigne l’atteinte multiviscérale dans les formes sévères. Cette dernière serait la conséquence d’une réponse immunitaire inadaptée qui provoque une inflammation systémique associe à un dysfonctionnement endothélial. C’est ainsi que l'organe le plus touché après les poumons est indéniablement le cœur et cette atteinte cardiaque tend à assombrir le pronostic de la maladie a fortiori dans un tableau de syndrome de détresse respiratoire aiguë ou survient chez un patient atteint d’une maladie cardiovasculaire préexistante.
Un dysfonctionnement endothélial antérieur ou une surexpression du récepteur ACE2 dans les cellules du système cardiovasculaire favoriseraient les formes cardiaques graves qui se traduisent par la survenue d'arythmies sévères, d’infarctus du myocarde, voire d’insuffisance cardiaque.
L'un des problèmes est la brutalité de la décompensation que l'on a du mal à antciper et même à diagnoqtiquer rapidement. La troponine par exemple est un marqueur de nécrose myocardique qui est inconstamment élevée dans les formes graves.
Une étude récente s'est donc interessée aux microARN messagers (miRs). Ce sont des fragments d’acides ribonucléiques non codants qui jouent un rôle non négligeable dans la régulation de diverses fonctions cellulaires et dans certains processus pathologiques.
Même s'ils ne sont actuellement pas dosés en routine, Ils sont théoriquement facilement détectables dans le sang circulant et leur profil les destine à devenir des biomarqueurs utiles dans diverses affections cardiovasculaires.
Dans le cas de l’étude pilote évoquée, plusieurs miRs ont été systématiquement dosés avec des tropismes différents :
(1) miR-155 associé à l’inflammation ;
(2) myomiRs (miR-499 et miR-208a) associés à l’atteinte myocytaire ;
(3) fibromiRs (miR-21) associés aux fibrocytes ;
(4) miRs associés aux cellules endothéliales 126 (miR-126).
Les dosages ont été effectués dans deux cohortes : l’une exploratoire composée de 15 patients atteints d’une forme sévère de Covid-19 nécessitant une ventilation assistée et de 15 témoins en bonne santé apparente et l’autre, indépendante de la première, dite de validation, incluant trois groupes de patients : forme sévère de Covid-19 avec ventilation assistée (n = 20), SDRA secondaire à une grippe (n = 13) et témoins en bonne santé apparente (n=32).
Dans les deux cohortes ainsi définies, les concentrations sériques de miR-21, miR-155, miR-208a et miR-499 se sont avérées significativement plus élevées chez les patients atteints d’une forme grave de Covid-19, comparativement aux témoins avec une analyse du type ROC. Le calcul de l’AUC (area under the curve) suggère par ailleurs que les profils biologiques obtenus à partir de miR-155, miR-208a et miR-499 permettent de distinguer la Covid-19 de la grippe avec une fiabilité élevée.
Cette étude pilote ne peut que susciter des hypothèses : les miRs associés à l’inflammation et à la souffrance myocytaire semblent être particulièrement surexprimés dans les formes sévères de la Covid-19. Sont-ils pour autant des biomarqueurs promis à un grand avenir dans ce contexte sur un plan diagnostique et pronostique ? Il est trop tôt pour répondre à cette question, mais les résultats préliminaires présentés dans cette étude incitent à explorer cette voie en attendant d'évaluer la faisabilité avec des techniques de routine et le gain thérapeutiquepar rapport aux modalités d'évaluation clinique et paracliniques actuelles.
Ref : Garg A et coll. Circulating cardiovascular microRNAs in critically ill COVID-19 patients. Eur J Heart Fail 2021 : publication avancée en ligne le 9 janvier. doi: 10.1002/ejhf.2096.
