Deux facteurs semblent jouer un rôle primordial dans la survenue d’une polyarthrite rhumatoïde (PR) : la production d’auto-anticorps ACPA ou anti-CCP3 (anti-citrullinated peptide antibodies) et la présence d’allèles de l’antigène HLA (human leukocyte antigen) -DR exprimant des épitopes à haut risque. L’entrée dans la phase évolutive de la maladie dépend certes de ces derniers, mais aussi de facteurs externes multiples -une infection par exemple- qui peuvent interagir avec eux, notamment leurs bases génétiques. L’infection par le SARS-CoV-2 pourrait jouer ce rôle comme le suggère un cas clinique rapporté dans le Lancet Rheumatology du 23 novembre 2020. 
La patiente est une femme âgée de 60 ans vivant à Marseille, sans antécédents notables. Le 1er mai 2020, le diagnostic de Covid-19 est confirmé par la positivité de la RT-PCR, alors que depuis quelques jours elle présentait des symptômes évocateurs de la maladie. Le scanner thoracique révèle des anomalies en faveur du diagnostic et elle reçoit alors un traitement associant hydroxychloroquine et azithromycine pendant 5 jours. Onze jours plus tard, alors que les symptômes s’améliorent, la RT-PCR se négative. C’est le 21 mai que surviennent des douleurs des deux mains avec atteinte inflammatoire des petites articulations distales et raideur matinale.
Elle consulte en rhumatologie où le bilan biologique suggère nettement une PR évolutive, notamment la positivité des anticorps anti-CCP3, alors que la recherche du facteur rhumatoïde, effectuée à trois reprises, reste négative. Le bilan inflammatoire est fortement perturbé (15 juillet) avec une VS proche de 100 tandis que les taux de d'ACPA s’élèvent de manière significative. Le génotypage HLA ne montre aucun des épitopes partagés à risque. Finalement, le diagnostic de PR avec ACPA positifs a été retenu selon les critères de l’American College of Rheumatology et de l’European League Against Rheumatism. Un traitement par le méthotrexate (10 mg/semaine) débuté dès le 20 juillet 2020 va par ailleurs nettement améliorer les signes cliniques.

Cette observation exceptionnelle confirme qu’une infection aiguë à SARS Cov2 peut probablement déclencher la survenue d’une PR. Dans le cas présent, les éléments cliniques et biologiques en faveur de cette hypothèse sont particulièrement convaincants. La chronologie des évènements, mais aussi et surtout la positivité des ACPA et des tests de prolifération lymphocytaire induits in vitro par les peptides PAD4 sont autant d’arguments qui permettent d’attribuer au SARS-CoV-2 un rôle majeur dans l’évolution de la maladie chez cette patiente. Cette première observation devra bien entendu être confirmée par des cas similaires.


Ref : Perrot L et coll. : First flare of ACPA-positive rheumatoid arthritis after SARS-CoV-2 infection. Lancet Rheumatol., 2020 ; publication avancée en ligne le 23 novembre. doi.org/10.1016/ S2665-9913(20)30396-9.