Des chercheurs ont comparé l'immunité d'enfants et d'adultes admis pour Covid-19 dans un hôpital de New York. La grande différence selon l'âge concerne la réponse innée, plus forte chez les enfants entraînant des implications pour les thérapies et les vaccins.


Depuis le début de l'épidémie, on constate que les enfants et les adolescents présentent des formes moins graves d'infection par le coronavirus SARS-CoV-2 . S'ils sont logiquement porteurs de moins de comorbidités que les sujets agés, ce phénomène pourrait également s’expliquer, au moins en partie, par des différences dans la réponse immunitaire.

Pour explorer cette hypothèse, une équipe américaine a comparé les réponses immunitaires (cytokines, humorales, cellulaires) chez 60 adultes et 65 enfants et jeunes adultes de moins de 24 ans hospitalisés pour Covid-19 entre mi-mars et mi-mai dans un centre médical à New York.

Les chercheurs ont découvert que les taux sériques de deux cytokines, l'interleukine-17A (IL-17A) et l'interféron-gamma (IFN-gamma), étaient plus élevés chez les enfants et inversement corrélés avec l’âge.  Pour les responsables de cette étude, ceci suggère que l'IL-17A et l'IFN-gamma (ou bien les cellules qui les produisent) contribuent à la protection immunitaire, en particulier contre la maladie pulmonaire. Bien que ces deux molécules soient produites par les cellules T, elles sont aussi sécrétées par les cellules de l’immunité innée et cette étude suggère que ces dernières sont probablement la source de ces cytokines protectrices chez les enfants .

Les auteurs ont également constaté que les patients dont l'état s’aggrave ont des taux élevés de cytokines pro-inflammatoires telles que l'IL-6, indépendamment de l'âge. Les enfants et les adultes produisent des réponses anticorps contre la protéine virale Spike mais les enfants ont des taux plus faibles d'anticorps neutralisants et d'anticorps "tueurs" via la phagocytose dépendante des anticorps (ADCC). Il reste à préciser dans de futures études si cette activité phagocytaire accrue contribue à l'inflammation et à l'aggravation de la maladie. On peut légitimement le penser car les adultes ayant une forme sévère et nécessitant une ventilation avaient les taux d’anticorps neutralisants les plus élevés.

Dans l’ensemble, ces résultats suggèrent que les enfants développent une meilleure réponse innée (ou non spécifique) au virus, laquelle pourrait protéger contre une réponse inflammatoire exagérée et prévenir ainsi une maladie pulmonaire progressive et le développement du SDRA. 

Ces résultats suggèrent que la forme la plus grave de Covid-19 observée chez les adultes n'est pas causée par une défaillance de leur immunité adaptative (ou spécifique) pour produire des réponses humorales ou cellulaires T. Au contraire, les patients adultes infectés par le SARS-CoV-2 produisent plutôt une réponse immunitaire adaptative trop forte qui pourrait favoriser l'inflammation associée au SDRA.

Du point de vue thérapeutique, ces résultats amènent à privilégier les thérapies stimulant les réponses immunitaires innées en phase précoce plutôt que la réaction immunitaire retardée.

Ces données sont à prendre en considération car la plupart des vaccins candidats contre le SARS-CoV-2 visent à stimuler les taux d'anticorps neutralisants..

Ref : C. Pierce et al., Sci Transl Med, 2020. doi:10.1126/scitranslmed.abd5487