Au cours des maladies aiguës sévères, les taux sériques d’albumine ont tendance à baisser pour au moins deux raisons : un défaut d’apport lié à une anorexie et une fuite de la protéine au niveau capillaire en cas d’inflammation. Certaines observations clinico-biologiques suggéraient que cette hypoalbuminémie pouvait avoir une valeur péjorative.

Une étude prospective Suisse a cherché à confirmer cette hypothèse et à déterminer  les relations entre l’état nutritionnel, l’inflammation et la mortalité à 30 jours au sein d’une vaste cohorte. 

Sur les 2 465 patients adultes atteints d’une affection aiguë justifiant une admission dans un service d’urgences, 1 019 (41 %) présentaient une hypoalbuminémie (<34 g/l) et 619 (25,1 %) étaient à risque nutritionnel élevé. L'indicateur choisi pour l'évaluation de ce risque est le NRS (Nutritional Risk Screening 2002), prenant en compte l’importance et la rapidité de la perte de poids, mais aussi le type de la maladie ou la situation clinique. Il est considéré comme élevé lorsqu'il est ≥3. Par ailleurs, les taux de C-reactive-protein (CRP) étaient > 20 mg/l chez 1086 participants (44,1 %).

Les analyses multivariées ajustées en fonction de l’âge, du sexe, du diagnostic et des comorbidités ont révélé qu’une augmentation des taux de CRP était fortement associée à une baisse des taux sériques d’albumine, (odds ratio [OR] ajusté étant en effet de 10,51). Le risque de malnutrition estimé à l’aide du NRS a également augmenté le risque d’hypoalbuminémie (OR ajusté 2,87) . Les trois variables en question – hypoalbuminémie, CRP élevée et NRS élevé- ont été à même de prédire la mortalité à 30 jours indépendamment des autres facteurs de risque avec des AUC (Area Under the Curve) respectivement, de 0,77, 0,70 et 0,75. La combinaison de ces trois variables a permis d’amener l’AUC à une valeur de 0,82.

Cette étude de cohorte prospective a porté sur un effectif conséquent démontrant l’intérêt de trois variables indépendantes quant à la prédiction de la mortalité à 30 jours. L’inflammation et le RNS élevé aggravent la chute des taux sériques d’albumine et cette dernière est un facteur pronostique à part entière. La combinaison de ces trois paramètres lors de l’évaluation initiale de chaque cas, souvent effectuée dans le contexte de l’urgence en raison d’une situation clinique préoccupante, devrait permettre une stratification fine du risque vital encouru à court terme par des patients, le plus souvent fragiles.

Ces données retrouvées dans le cadre d'inflammations aigues convergent avec celles déjà connues en gériatrie ou dans les maladies inflammatoires chroniques utilisant ces marqueurs biologiques dans des indicateurs biologiques conjugués (PINI, Prognosis Inflammatory Nutritionnal Index par exemple).

Ref : Eckart A. et coll. Relationship of Nutritional Status, Inflammation, and Serum Albumin Levels During Acute Illness: A Prospective Study. Am J Med. 2020;133(6):713-722.e7. doi: 10.1016/j.amjmed.2019.10.031.