L’intolérance non cœliaque au gluten (Nonceliac Gluten Sensitivity NCGS) est un syndrome caractérisé par des symptômes intestinaux fonctionnels (ballonnement, diarrhée, douleurs abdominales, dyspepsie…) et extra-intestinaux (fatigue, céphalées, engourdissement, confusion, anxiété, dépression…) en lien avec l’ingestion d’aliments contenant du gluten alors que les diagnostics de maladie cœliaque (MC) et d’allergie au blé ont été éliminés. La prévalence de cette « intolérance » est estimée se situer entre 0,5 à 13 % dans la population occidentale.

Aux Etats-Unis, près d’un tiers de la population adulte en bonne santé tente d’exclure le gluten de l’alimentation.

En l’absence  de biomarqueur diagnostique, les NCGS sont très souvent des auto-diagnostics pour les patients et, un diagnostic d’exclusion pour les médecins.

Des experts de Salerne ont récemment recommandé un test diagnostique clinique. Il s’agit d’un test croisé en double aveugle contrôlé versus  placebo (1 semaine sous chaque traitement) avec test de provocation au gluten de 8 g /j.

L’étude actuelle est une revue de la littérature menée jusqu’au 31 mars 2016 reprenant 10 études et concernant 1 312 adultes.

Les conditions d’inclusion étaient une élimination du diagnostic de la MC par une séronégativité des marqueurs sériques et une absence d’atrophie villositaire dans les biopsies duodénales. Certaines études ont aussi recherché l’absence de HLA DQ2/DQ8.

Cette revue montre que 80 % des patients étiquetés NCGS après une réponse favorable à une alimentation sans gluten ne peuvent pas prétendre à un vrai diagnostic de NCGS après le test préconisé par le groupe de Salerne qui représente actuellement le test de référence en l’absence de marqueur biologique.

Toutefois certaines questions se posent quant à la méthodologie. En effet, la charge de gluten de 8g par jour peut sembler faible étant donné que dans les pays occidentaux, la prise journalière avoisine plutôt les 10-15g et le temps passé dans chaque groupe peut être également insuffisant.

Les différentes hypothèses expliquant ces résultats sont d’abord qu’il s’agit d’un mauvais diagnostic au départ.  Une partie des  patients auto-diagnostiqués NCGS seraient en fait des MC. En effet, une étude a montré que des patients autodiagnostiqués NCGS avaient en réalité un haplotype HLA et une entérocolite lymphocytaire pouvant être reliée à une MC. Il serait donc intéressant de réaliser des tests plus sensibles en cas de sérologie négative avec un haplotype DQ2/DQ8 chez des patients dont la clinique est évocatrice.

Les résultats montrent aussi que 40 % des patients suspectés d’avoir une NCGS avaient une aggravation de leurs symptômes sous placebo (effet nocebo).

Il est intéressant de connaître  les aliments utilisés dans les groupes placebo. En effet,  2 études ont utilisé de l’amidon de maïs contenant des hydrates de carbones nommés FODMAP pouvant conduire aux mêmes symptômes que la NCGS.

Le blé, en plus du gluten, contient également 2 composants pouvant provoquer ou exacerber des signes gastrointestinaux. Il s’agit des FODMAP qui comprennent le fructose, le lactose, les fructo-oligosaccharides, les fructanes. D’autres protéines sont également présentes, les inhibiteurs de l’amylase  / trypsine  (ATIs) ou encore les agglutinines de germe de blé. Les ATIs sont de puissants activateurs de la réponse immune innée des monocytes, macrophages et cellules dendritiques. Ainsi, des intolérances au FODMAP pourraient être confondues avec des NCGS. De plus, les agglutinines de germe de blé peuvent conduire à des lésions épithéliales à très faibles doses dans des études in vitro.

Cette revue montre bien la difficulté de faire le diagnostic d’une véritable NCGS et que des recherches sont toujours nécessaires afin de trouver un biomarqueur spécifique.

En attendant, les auteurs préconisent de changer le terme de NCGS en sensibilité au blé non cœliaque permettant d’inclure les hydrates de carbone et les autres protéines.

RÉFÉRENCES : Carroccio et coll. : Suspected Nonceliac Gluten Sensitivity Confirmed in Few Patients After Gluten Challenge inDouble-blind, Placebo-Controlled trials. Clin Gastroenterol Hepatol., 2017 ; 15 :339-348.