Vous êtes-vous demandé quels patients porteurs de pneumopathie communautaire allaient se retrouver en réanimation ? Sans le savoir, vous aviez déjà la réponse, puisque vous dosez systématiquement la procalcitonine à l’admission, laquelle est spécifique de l'origine surtout bactérienne et parfois parasitaire ou fongique, du syndrome inflammatoire et s’élève en 3 à 6 heures après le démarrage de l’infection.

Existe t-il un lien entre le niveau de procalcitonine sérique (PCT) dosée à l’admission des patients atteints d’une pneumopathie communautaire et la nécessité de recourir à la ventilation invasive ou à des drogues vasopressives ou aux deux (VIDV), dans les 72 heures ? La prise en compte de la valeur de la PCT améliore-t-elle la performance des scores de sévérité habituels de la pneumonie et le critère mineur prédictif de VIDV de l’American Thoracic Society (1) ?

Parmi les 2 320 adultes admis pour pneumopathie communautaire dans l’étude EPIC (CDC - Etiology of Pneumonia in the Community (2), menée dans 5 hôpitaux américains entre janvier 2010 et juin 2012), 1 770 (âge médian 57 (47-70) ans, 51 % de femmes) ont eu un dosage de PCT et ont été inclus dans une étude multicentrique prospective. Cent-quinze (6,5 %) d’entre eux ont nécessité dans les 72 heures, la ventilation invasive et /ou des drogues vasopressives : 47 (2,7 %) les deux, 37 (2,1 %) la seule ventilation mécanique (VM), 31 (1,8 %) les seules drogues vasopressives.

Les PCT étaient plus élevées chez les patients ayant nécessité la VM ou des drogues pressives (médiane 1,43 ng/mL; IQR 0,14-8,22 ng/mL) que chez ceux n’en ayant pas eu besoin (médiane 0,14 ng/mL; IQR, < 0,05-0,72 ng/mL) (P < 0,01).
De plus, le modèle de régression logistique a montré que le niveau de PCT était solidement corrélé à la probabilité de recours à la ventilation invasive et à des drogues vasopressives.

Un niveau de PCT indétectable (< 0,05 ng/mL) n’était associé à une probabilité de VIDV que de 4 % (intervalle de confiance à 95 % [IC 95 %], 3,1 %-5,1 %). Entre 0,05 et 10 ng/mL, chaque 1 ng/mL augmentait la probabilité de VIDV de 1 % à 2 %. Au delà de 10 ng/mL, la probabilité de VIDV était de 22,4 % (IC 95 %, 16,3 %-30,1 %). Ajoutée aux scores de sévérités de la pneumonie, la PCT a contribué significativement à leur valeur prédictive de devoir recourir à la VIDV.

Chez les patients hospitalisés pour pneumopathie communautaire, plus que la clinique, la valeur de la PCT s’avère fortement prédictive du recours à la ventilation invasive et/ou aux drogues vasopressives dans les 72 heures. Facile à réaliser en routine et assez peu coûteuse (B 80 = 21,6 euros), la PCT permettrait de discriminer dès leur admission les patients redevables d’une admission rapide en réanimation et de les rapprocher à temps d’un tel service.

Reférences :

 

Mandell LA, Wunderink RG, Anzueto A et coll. : Infectious Diseases Society of American/American Thoracic Society consensus guidelines on the management of community-acquired pneumonia in adults. Clin Infect Dis., 2007 ; 44 (suppl 2): S27–S42
Self WH, Grijalva CG, Wunderink RG et coll. : Procalcitonin as an Early Marker of the Need for Invasive Respiratory or Vasopressor Support in Adults With Community-Acquired Pneumonia.
Chest, 2016; 150: 819-828.