Maladie hétérogène, le diabète gestationnel est désormais un peu mieux connu grâce à une étude, présentée par le Dr Torben Hansen (Université de Copenhague, Danemark). Elle suggère que le diabète Mody (Maturity Onset Diabetes of the Young) y joue une place plus importante qu’on ne le pensait jusqu’ici. Ce qui pourrait avoir des conséquences en termes de prise en charge.
Cette forme de diabète, qui est transmise sur un mode autosomique dominant, survient habituellement avant 25 ans, et atteint classiquement au moins deux membres d’une même famille. Elle comporte de nombreux sous-types, aux traitements variés.
Les études disponibles laissaient penser que de 0,1 à 0,5 % des femmes avec un diabète gestationnel avaient un Mody. En fait, l’analyse d’une cohorte de 354 femmes avec des antécédents de diabète gestationnel, traité par les seules mesures diététiques, a conduit le Dr Hansen à conclure, après un suivi de 10 ans, que 5,7 % d’entre elles sont porteuses d’allèles prédisposant au développement d’un diabète Mody. Après 10 ans de suivi, 36 % des femmes avec des antécédents de diabète gestationnel non Mody avaient développé un véritable diabète, mais ce taux s'élevait à 68 % chez les femmes avec un profil génétique type Mody (p = 0,05). Ce qui suggère qu’il faut surveiller plus étroitement ces femmes au long cours. Ce spécialiste conseille de rechercher les altérations les plus fréquemment à l'origine de ce type particulier de diabete (GCK, HNF4A, HNF1), en cas de diabète gestationnel, pour proposer un traitement différencié, car certains Mody sont sensibles aux sulfamides, mais d'autres comme celui associé à la glucokinase (GCK) ne requièrent pas habituellement de traitement médicamenteux, car l'hyperglycémie est modérée et s’associe, en général, à un faible nombre de complications. « La hausse programmée, dans les années qui viennent, des examens génétiques devrait favoriser cette recherche du diabète MODY au cours de la grossesse», estime le Dr Hansen.
Augmentation du risque de césariennes et de malformation : Une autre étude italienne, ayant porté sur 135163 grossesses, dont 1357 avec un diabète gestationnel, a, par ailleurs, confirmé la nécessité de bien prendre en charge les femmes développant cette forme de diabète. "La présence d’un diabète gestationnel accroît en effet la probabilité de césarienne par 1,9, et le risque d’hypoglycémie néonatale d’un facteur 10", a signalé le Dr Basilio Pintaudi (Niguarda Ca’ Granda Hospital, Milan). Les enfants ont aussi, un risque de malformation doublé.
Les données françaises du Programme de médicalisation des systèmes d'information (Pmsi) et du Système national d’information inter régimes de l’assurance maladie (Sniiram), qu'a présenté le Dr Sophie Jacqueminet (Hôpital de la Pitié-Salpétrière, Paris), témoignent à partir de l'analyse de 796346 grossesses de plus de 22 semaines, suivies en 2012, de l’augmentation du taux de complications chez ces femmes : accouchement prématuré accru de 20 %, césarienne de 40 %, pré-éclampsie et éclampsie de 60 %, fréquence des macrosomies multipliée par 1,8. Le taux de diabète gestationnel a été estimé à 7,24 % dans cette vaste étude française.
Source : 52ème congrès de l’European association for the study of diabetes (Easd 52nd Annual Meeting, Munich, 12-16 septembre 2016). D’après les communications de T. Hansen (Copenhague), B. Pintaudi (Milan), S. Jacqueminet (Paris)
