Les auto-anticorps du diabète sont présents dans la grande majorité des états pré-diabétiques. Cependant, l’évolution vers le développement de la maladie est fortement variable.

Le but de cette étude était d’évaluer la survenue d’un diabète chez des enfants ayant des auto-anticorps impliqués dans cette affection : les anticorps anti-insuline (Insulin Autoantibodies [IAA]), les anti-GADA (Glutamic Acid Decarboxylase Autoantibodies), les anti-IA-2A (Insulinoma-Associated-2 Autoantibodies) et, plus récemment, les anti-ZnT8A.

Les patients n’ayant qu’un seul type d’anticorps sont à moindre risque de développer un diabète alors que la majorité des patients ayant au minimum deux anticorps positifs vont devenir diabétiques.

L’équipe américaine de AK. Steck et coll. a voulu évaluer les facteurs impliqués dans la progression du diabète chez les enfants ayant plusieurs auto anticorps. Depuis 1993, l’étude DAISY (Diabetes Autoimmunity Study in the Young) suit 2 cohortes de jeunes patients: un groupe dont les sujets sont apparentés à des patients diabétiques de type 1 (fratrie ou descendants) et une cohorte de nouveau-nés issus de la population générale.

 

Les bilans d’auto-immunité ont été effectués chez ces enfants à 9 mois, 15 mois, 24 mois, puis annuellement. Seuls les enfants de l’étude DAISY ayant au minimum 2 auto-anticorps ont été inclus dans l’étude de AK. Steck et ont été suivi tous les 3 à 6 mois. Les auteurs ont défini 3 groupes selon le délai entre la séroconversion (apparition des auto-anticorps) et la date du développement du diabète. Les sujets du groupe “rapide” (n = 39) ont présenté un diabète dans les 5 ans après l’apparition des autoanticorps, ceux du groupe “modéré” (n = 25), dans un délai de 5 à 10 ans, et ceux du groupe “lent”, plus de 10 ans après la séroconversion.

Les résultats montrent que la séroconversion chez les enfants du groupe "lent" devenus diabétiques est survenue plus tardivement (5,8 ans +/- 3,1) que dans les groupes “modéré” et “rapide” (3,2 ans +/- 1,8 et 4 ans +/- 3,5 respectivement)."

Par ailleurs, dans le groupe “lent”, les enfants avaient moins fréquemment d’IAA (74 %) comparativement aux groupes “modéré” (100 %) et “rapide” (97 % des cas). Il n’y avait pas de différence concernant les anti-GADA.

Les taux d’IAA étaient souvent élevés à la découverte du diabète chez les jeunes enfants alors qu’ils n’étaient habituellement pas retrouvés en cas de diagnostic de diabète après 12 ans. Ainsi, le taux d’IAA est associé à l’âge de début du diabète. De plus, les taux d’IAA étaient plus bas dans le groupe “lent”, comparativement aux deux autres groupes, alors que les auteurs n’ont pas observé de différence avec les autres auto-anticorps.

Un modèle statistique a été développé pour évaluer les facteurs pouvant intervenir dans la progression du diabète en prenant en compte l’âge de séroconversion, les antécédents familiaux, le HLA-DR3/4-DQ8, le nombre de positivité des auto-anticorps et les variations dans le temps. Les auteurs ont ainsi montré que deux éléments étaient prédictifs de l’apparition du diabète chez les enfants avec plusieurs auto-anticorps : l’âge de l’enfant lors de la séroconversion et le taux des anti-IAA.

Qu’il ait ou non des antécédents familiaux, un enfant qui a au moins 2 auto-anticorps impliqué dans le diabète a 70 % de risque de developper un diabète dans les 10 ans. L’étude DAISY a montré que le taux de IAA était utile pour estimer la date d’apparition du diabète.

De plus, la présence d’anti IA-2A et d’anti-ZnT8A qui, typiquement apparaissent plus tardivement, représente un risque accru de diabète. Enfin, l’apparition tardive des anticorps et des taux faibles sont prédictifs d’une évolution plus lente du diabète.

Ref : Steck AK et coll. : Predictors of slow progression to diabetes in children with multiple islet autoantibodies. Journal of autoimmunity 2016 ; 72 : 113-117.