Le dépistage du cancer de la prostate par mesure annuelle du taux de PSA ne fait pas consensus (bien qu’il s’agisse d’un marqueur tumoral spécifique d’organe) notamment en raison du risque de sur-traitement, c’est-à-dire de traitement de cas qui, en cas d’abstention thérapeutique, n’auraient jamais fait parler d’eux. En revanche, le traitement, quel qu’il soit, peut avoir d’importantes conséquences sur la qualité de vie. En dépit de ces controverses, la mesure du taux de PSA est devenu un examen banal chez les hommes de plus de 50 ans, en France et plus encore dans d’autres pays comme les Etats-Unis. Quel bilan fait-on d’une telle diffusion de ce test sanguin ?
Dans un article publié dans le New England Journal of Medicine, H.Gilbert Welch et coll. comparent les conséquences de ce dépistage "sauvage", en dehors des recommandations les plus courantes, à celui du dépistage du cancer du sein, organisé dans de nombreux pays chez toutes les femmes âgées de 50 à 75 ans, à raison d’une mammographie tous les deux ans. Le tableau que ces auteurs publient est éloquent : en dépit de l’installation progressive du dépistage organisé du cancer du sein dans les années 1980-1990, le pourcentage de formes métastatiques lors du diagnostic reste étonnamment stable, avec une incidence de 18 à 20 pour 100.000. En revanche, considérant que le large recours au dépistage du cancer de la prostate par mesure annuelle du taux de PSA s’est installé progressivement entre 1988 et 1993, les auteurs montrent qu’entre 1993 et aujourd’hui, l’incidence des formes métastatiques a chuté de près de 50%, passant de 40/100.000 à 25/100.000. La chute est encore plus spectaculaire si on prend comme point de départ la diffusion des premières mesures du PSA puisqu’on passe alors de 65 à 70/100.000 à 25/100.000.
Ces résultats qui portent sur la population américaine vont faire largement débat outre-Atlantique puisque les dernières recommandations émises par The United States Preventive Services Task Force déconseillent le dépistage systématique par dosage du PSA. Pour les auteurs de cet article du NEJM, l’abandon de ce dépistage pourrait se traduire d’ici à 7 ans par un net rebond de l’incidence des formes métastatiques de cancer de la prostate. Ces résultats pourrait relancer le débat existant en France entre les urologues qui se prononcent largement pour le dépistage systématique par PSA et l’HAS qui ne le recommande pas ctuellement.
H. Gilbert Welch et coll.Trends in Metastatic Breast and Prostate Cancer — Lessons in Cancer Dynamics. N Engl J Med 2015; 373:1685-1687October 29, 2015DOI: 10.1056/NEJMp1510443
