Une étude dans le « Journal of the National Cancer Institute » présente une découverte inattendue, allant à l’encontre des observations habituelles : avoir des télomères courts permettrait de mieux se protéger contre le cancer.
Le lien causal entre la taille des télomères d’un individu et son espérance de vie reste un sujet de controverse. Certaines études observationnelles ont montré que plus les télomères sont courts, plus l’espérance de vie est réduite. Mais la taille des télomères, qui dépend de l’activité de l’enzyme télomérase, est influencée par de nombreux facteurs – tant génétiques qu’environnementaux (indice de masse corporelle, tabagisme, âge..). La question se pose alors : la taille des télomères influence-t-elle directement l’espérance de vie des patients ou reflète-t-elle simplement l’effet d’autres facteurs ?
Une équipe de chercheurs Danois s’y est attelée. Leurs expériences ont porté sur presque 65 000 individus, suivis pendant 20 ans. Pour chacun d’entre eux, l’équipe possédait des données sur l’indice de masse corporelle, la pression artérielle, le cholestérol, le tabagisme, la consommation d’alcool, l’activité physique, la mortalité et la taille des télomères. Mais les chercheurs ont analysé un facteur supplémentaire : le profil génétique de 3 variants codant pour l’enzyme télomérase – 3 variants qui, eux, ne sont pas influencés par l’environnement.
Selon le profil de ces 3 variants, la télomérase de l’individu est plus ou moins active, et la taille de ses télomères sera plus ou moins grande. En analysant le profil de ces variants génétiques, et en ajustant pour tous les autres facteurs confondants, la part jouée par la taille des télomères doit, théoriquement, apparaître.
Dans leurs résultats prenant tous les facteurs en compte, rien de surprenant : la taille des télomères était corrélée avec l’IMC, le tabagisme, et la mortalité.
L’analyse affinée du profil génétique des patients a cependant révélé quelque chose d’inattendu. Les patients avec un profil codant pour des télomères plus courts avaient une mortalité par cancer diminuée. Cette association n’existait que pour la mortalité liée au cancer.
Comment expliquer ces résultats ? Pour les auteurs, la réduction de l’activité de la télomérase dans les cellules cancéreuses protégerait les patients en diminuant la faculté de réplication tumorale. Lorsque tous les facteurs sont pris en compte, cette protection endogène disparaît. Pour ces chercheurs, le lien entre la taille des télomères et espérance de vie est donc bien plus complexe que prévu.
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