Un autotest permettant de mesurer, chez soi, sa concentration de spermatozoïdes est commercialisé depuis février dans les pharmacies françaises. Mais les spécialistes doutent de son utilité et posent le problème de ses limites éthiques.

Dix minutes pour savoir si monsieur peut faire ou non un bébé sous la couette. Telle est la promesse de "SpermCheck Fertilité", premier autotest de fertilité masculine commercialisé depuis le début du mois dans les pharmacies françaises, explique lefigaro.fr.

Pour une quarantaine d'euros, le test ambitionne de répondre aux couples ayant des difficultés à concevoir. Mis au point par des chercheurs de l'Université de Virginie, il est déjà disponible aux États-Unis, au Canada ainsi qu'en Grande-Bretagne, où il s'en serait vendu "12.000 à 15.000 dans la première année de commercialisation" selon Fabien Larue, directeur de la PME AAZ qui commercialise ce test en France. "Nous pensons donc qu'il y a un public. Mais notre objectif est, plus largement, de lancer toute une gamme d'autotests."

Dans un rapport remis au Parlement en 2012,  l'Inserm et l'Agence de la biomédecine évoquaient une étude française estimant que l'infertilité serait le fait de l'homme dans 20 % des cas, et des deux membres du couple dans environ 40 %. La cause majeure d'infertilité masculine serait la faible concentration de spermatozoïdes, d'où l'idée de commercialiser un test détectant la présence d'une protéine (SP10) localisée dans la tête de ces gamètes, pour savoir si le sperme contient plus ou moins de 15 millions de spermatozoïdes par millilitre. Un seuil défini par l'OMS, et au-dessus duquel se trouvent 95 % des hommes ayant réussi à procréer en moins d'un an.

Affichant une fiabilité de 98 %, SpermCheck ne prétend pas pour autant remplacer une consultation: "Nous le précisons bien dans la notice, insiste Fabien Larue, quel que soit le résultat, il faut ensuite voir un spécialiste de l'infertilité."

D'une part, parce que la concentration en spermatozoïdes n'est pas stable. Une grosse fièvre, un rapport sexuel récent (moins de trois jours) ou certains médicaments courants peuvent la diminuer. De même, détecter peu de spermatozoïdes n'indique pas si ces derniers sont peu ou mal fabriqués, ou bien s'ils peinent à parvenir à destination, deux types de pathologies qui supposent des traitements différents.

En outre, la seule concentration de spermatozoïdes ne suffit pas à juger de la fertilité masculine. "Vous pouvez avoir énormément de spermatozoïdes, s'ils ne bougent pas cela ne sert à rien", glisse le Pr Pierre Jouannet, spécialiste en biologie de la reproduction. "Inversement, en avoir moins de 15 millions par millilitre de sperme ne signifie pas nécessairement que l'on est infertile."

Par ailleurs, au moment ou les laboratoires de biologie médicale sont soumis au régime de l’accréditation obligatoire pour ces examens de spermiologie, avec des exigences de compétence et de standardisation très importantes, la mise à disposition de dispositifs aussi sommaires risque de brouiller le message concernant la prise en charge des couples infertiles.

En plus du problème de la fiabilité se pose celui de l’interprétation des résultats. Ils sont nécessairement incomplets et non expliqués dans le cas des auto-tests.

"L'interprétation doit toujours être faite par le médecin, et de préférence en présence du couple", conclut le Pr Philippe Bouchard, chef du service d'endocrinologie et de médecine de la reproduction à l'Hôpital Saint-Antoine (Paris).

Certains, enfin, se demandent si l'on peut-on laisser un patient seul face à un tel diagnostic ? Le Comité consultatif national d'éthique s'était penché en 2013 sur les autotests du VIH, après un avis de 2004 sur ces mêmes tests et ceux diagnostiquant des maladies génétiques. Un test de "diagnostic de maladies potentiellement graves", relevaient alors les Sages, pose des problèmes bien différents de ceux visant à "identifier un état ou surveiller un traitement" (grossesse, glycémie…). Se pose alors un dilemme: comment favoriser le "droit à l'information" et le "souci légitime d'accroître l'autonomie de l'usager", sans risquer de livrer "sans accompagnement" un résultat "réducteur" aux conséquences potentiellement "délétères" ?

 

Egora.fr Février 2015