Le diabète gestationnel (DG), depuis la publication de l’étude HAPO (Hyperglycemia and adverse pregnancy outcomes. N Engl J Med 2008) et des recommandations  actualisées de prise en charge a envahi les maternités.

Les recommandations actuelles sont  basées sur un dépistage ciblé. En présence d’au moins un des critères suivants : âge maternel > 35 ans, IMC > 25 kg/m2, antécédents de diabète chez les apparentés au 1er degré, antécédents personnels de DG ou d’enfant macrosome, on propose la recherche d’un DT2 méconnu lors de la 1re consultation prénatale. Ce dépistage sera réalisé par une glycémie à jeun. Chez les patientes non diagnostiquées préalablement, le dépistage du DG par une hyperglycémie provoquée par voie orale, avec 75 g de glucose avec mesure des glycémies à 0, 1 et 2 h, est recommandé entre 24 et 28 SA.
Les valeurs seuil sont en début de grossesse, une glycémie à jeun > 1,26 g/l (7 mmol/l) pour définir un  diabète préexistant, et une glycémie à jeun > 0,92 g/l (5,1 mmol/l) pour définir un diabète gestationnel
Entre 24 et 28 SA les valeurs seuil pour définir un diabète gestationnel sont une glycémie à jeun > 0,92 g/l (5,1 mmol/l) et/ou une glycémie 1 heure après une charge orale de 75 g de glucose > 1,80 g/l (10,0 mmol/l) et/ou une glycémie 2 heures après la charge >  1,53 g/l (8,5 mmol/l).

En fonction du bassin de population,  les chiffres de prévalences peuvent atteindre voire dépasser 15% (jusqu’à 25% dans certains sites de l’étude HAPO).

La prise en charge implique une éducation thérapeutique (modification radicale de l’alimentation pour certaines, qui sont ainsi privées de leur « doudou », régularité des horaires, autosurveillance  fréquente) et  un suivi régulier. Elle est lourde pour les femmes comme pour les équipes.  L’information post natale  et la collaboration avec le médecin traitant (3, 4)   sont des éléments additionnels de complexité.  Pourtant le jeu en vaut la chandelle !

La prise en charge rigoureuse, y compris des femmes présentant des anomalies glycémiques modérées, permet de réduire le taux de complications maternelles et fœtales (1, 5). Ce point est bien connu en gynécologie obstétrique. De plus, aussi contraignante soit elle pour les femmes, l’impact de cette prise en charge sur le plan psychologique semble favorable (6).

A plus long terme également l’information sur le risque de surpoids des enfants, et la « reprogrammation métabolique » dont ils sont l’objet (7), y compris en cas de petit poids de naissance, est cruciale. Elle permettrait de limiter la croissance des taux d’obésité dans l’enfance et de prévenir la survenue ultérieure du syndrome métabolique, premier pourvoyeur de morbimortalité cardiovasculaire. Les femmes qui ont été éduquées pendant leur grossesse sont particulièrement compétentes en diététique. Le leur faire savoir et leur indiquer qu’elles ont donc la possibilité de transmettre ce savoir  à leurs enfants est en général bien reçu.

Enfin, pour les femmes elles même, l’information sur le risque relatif de survenue d’un diabète de type 2 à long terme est cruciale et souvent négligée (4). Le diabète de type 2 est  mal dépisté et les données de grandes études telles que  l’UKPDS ont montré que 50 % des diabétiques de type 2 ont déjà une complication au diagnostic (8). La mise en place à la sortie de la maternité, ou lors d’une consultation post natale,  du suivi glycémique en collaboration avec le médecin traitant (3) est donc un outil indispensable. L’adhésion des femmes a ce suivi ne peut être obtenue que si elles sont informées et sensibilisées. Permettant un dépistage précoce et une prise en charge adéquate précoce du diabète, ce suivi devrait permettre de réduire significativement le retentissement du diabète de type 2 comme l’a montré  l’étude UKPDS (10-year follow-up of intensive glucose control in type 2 diabetes. N Engl J Med 2008). Par ailleurs la mise en œuvre de la réduction pondérale, en recourant si nécessaire à la chirurgie bariatrique, permettra de réduire le risque de survenue du diabète ou de retarder celle-ci.

Le diabète gestationnel est perçu, à juste titre,  comme une mauvaise nouvelle par les patientes. Il leur offre toutefois la possibilité de transformer l’essai en terme de risque à long terme, pour elles mêmes et leurs enfants. C’est à leurs médecins que revient la charge de les y aider, en les informant et en communiquant entre eux.

 

Gynéco on line N° 42 Octobre 2014