La France a été l’objet de nombreuses critiques ces dernières semaines quant à son action contre l’épidémie d’Ebola qui sévit actuellement en Afrique de l’Ouest. Son engagement sur le terrain n’aurait en effet pas été à la hauteur de sa tradition tropicaliste et de sa vocation humanitaire. Cependant, dans l’ombre, les laboratoires français se sont mobilisés pour unir leurs forces aux équipes de recherche qui travaillent partout dans le monde à l’élaboration de nouvelles armes contre le virus. Hier, une conférence de presse a été donnée au sein de l’Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan) en présence du nouveau « Monsieur Ebola » français, le professeur Jean-François Delfraissy. Plusieurs annonces importantes ont pu retenir l’attention.
Deux mois pour mettre au point un test très avantageux
La mise au point en deux mois d’un test de diagnostic rapide a notamment été largement commentée. Aujourd’hui, les tests actuels, « basés sur la détection génétique du virus (…) nécessitent des appareils dédiés, prennent de 2h15 à 2h30 et doivent être pratiqués exclusivement en laboratoire » rappellent les chercheurs du CEA basés à Marcoule. Les équipes présentes sur le terrain exprimaient donc régulièrement leur besoin de pouvoir disposer d’un test pouvant être plus facilement et plus rapidement mis en œuvre. Plusieurs équipes sont sur les rangs : des chercheurs américains se sont notamment donné pour objectif la réalisation d’un test diagnostic en moins de dix minutes. Mais les Français ont déjà quasiment relevé le défi. En deux mois, « grâce aux résultats des recherches menées depuis plusieurs années par le CEA dans le cadre du programme interministériel de recherche et développement Nucléaire, Radiologique, Biologique, Chimique et Explosif (NRBCE) », les chercheurs ont pu développer un système utilisable « sans matériel spécifique », fonctionnant à la manière d’un test de grossesse, grâce à une simple goutte de sang, de plasma ou d’urine. Le résultat de ce test est obtenu en moins de quinze minutes. Il réside sur l’utilisation d’anticorps monoclonaux spécifiques de la souche Zaïre qui sévit actuellement. Le test Ebola eZYSCREEN vient d’être validé au sein du Laboratoire de haute sécurité microbiologique Jean Mérieux à Lyon et doit désormais être évalué sur le terrain. Si les résultats sont positifs, la phase d’industrialisation devrait être très rapide grâce à la société française Vedalab. On relèvera cependant qu’il s’agit d’un test de diagnostic positif et non un test d’exclusion.
Le temps des essais cliniques complètement modifié
Autre information mise en avant lors de la conférence Aviesan : le lancement d’un essai sur le terrain visant à l’évaluation de l’efficacité du favipiravir, un antiviral commercialisé au Japon. L’étude sera menée sous la direction de l’équipe INSERM du docteur Denis Malvy, spécialiste des maladies tropicales au CHU de Bordeaux. Ce praticien observe que le traitement présente plusieurs avantages : son innocuité est déjà confirmée, il peut être administré par voie orale et il est déjà largement disponible. Alors que le laboratoire Jean Mérieux continuera à mener des tests pour déterminer la meilleure posologie, un essai incluant soixante patients guinéens va être très prochainement lancé et les premiers résultats sont attendus dès le mois de janvier. « Si l’on observe une efficacité contre le virus, la molécule sera intégrée dès février dans une stratégie de plus grande ampleur » a détaillé Denis Malvy, confirmant ainsi que cette épidémie d' Ebola permet de minimiser les barrières administratives habituelles dans la conduite des essais cliniques.
Sérum de convalescent : un challenge « majeur » mais exaltant
De la même manière que le favipiravir, une molécule déjà existante pourrait être prometteuse : aussi une équipe INSERM et d’Enyo Pharma s’est lancée dans le « screening » d’une dizaine de traitements déjà autorisés qui pourraient se révéler utiles face à Ebola. Enfin, le professeur Jean-François Delfraissy a souligné combien l’utilisation de sérums de convalescent continuait à être une piste à l’étude. La purification du plasma de patients guéris va être confiée à l’Etablissement français du sang et des résultats devraient être présentés avant le printemps. « C’est un challenge majeur, je ne sais pas si on pourra le relever » a observé Jean-François Delfraissy qui a cependant manifesté son plus grand intérêt pour cette voie.
JIM.PRO.fr 26/10/14
