UNE ENQUETE POLICIERE POUR ELUCIDER L’APPARITION DU VIH-1

L’infection à VIH responsable d’une épidémie ayant touché 75 millions de personnes depuis les années 80 a trouvé sa source en Afrique. Elle a désormais un lieu et une date de naissance beaucoup plus précise. Kinshasa, en République Démocratique du Congo (RDC), probablement dans les années 1920.

Pour en arriver à cette conclusion dans un article récent et reconstituer la généalogie de cette infection, il a fallu à une équipe internationale et polyvalente, effectuer un travail de fourmi en mobilisant des compétences dans des domaines très divers.

Des études virologiques ont permis de détecter un virus simien très proche du VIH1 groupe M chez des chimpanzés Pan troglodytes (PTT) du Cameroun. Parallèlement chez l’homme à la fin des années 1980, la diversité génétique la plus large était retrouvée en RDC, ce qui plaidait en faveur de l’implantation la plus ancienne du virus. En outre les séquences issues des virus retrouvées dans les pays limitrophes semblaient dériver de celles des VIH congolais. La comparaison entre les génomes du virus simien et des VIH les plus anciens et la connaissance de la vitesse de dérive génétique des virus a permis aux généticiens d’estimer que l’ancêtre commun était apparu dans le premier quart du XXème siècle avec une première spéciation (division entre les 2 espèces) dans les années 20.

C’est le travail des historiens qui est venu étayer cette première hypothèse. L’étude des archives coloniales a permis d’aller plus loin dans le scénario. La première contamination aurait eu lieu lors d’une chasse au chimpanzé (PTT) dans le sud-est du Cameroun. Cette région était alors une colonie allemande qui avait développé un commerce d’ivoire et de caoutchouc très actif avec Kinshasa capitale du RDC. Le porteur aurait emprunté cette voie et c’est à Kinshasa que l’épidémie a véritablement commencé à bas bruit. Le virus s’est progressivement déplacé vers le sud-est du pays en suivant une ligne de chemin de fer construite par les belges, et vers l’Est jusqu’à Brazzaville (contaminée en 1937) et Pointe Noire sur la côte Atlantique. Une propagation suivant le réseau fluvial est également probable. Il faut noter qu’au-delà de la fonction de déplacement de ces voies de communication, le marché du sexe implanté le long des voies commerciales a contribué au développement de l’épidémie.

A L’inverse, le VIH1 groupe O, apparu dans les années 50, est resté très localisé car dans les années 1960 le réseau ferroviaire n’était plus entretenu et beaucoup moins utilisé. Le mal était déjà fait pour le groupe M dont la dissémination à travers le continent africain rendait inéluctable la pandémie de la fin des années 1980

 

Science 3 octobre 2014 Vol 346 Issue 6 205