LE MODE DE VIE INFLUENCE-T-IL LA MORPHOLOGIE SPERMATIQUE
L’évaluation de la morphologie spermatique constitue une part importante dans le bilan d’infertilité masculine. En effet, seuls les spermatozoïdes considérés comme « typiques» morphologiquement sont susceptibles de traverser le mucus cervical, de se fixer puis de s’attacher à la zone pellucide de l’ovocyte.
Une tératospermie peut également être associée à un taux plus élevé de fragmentation d’ADN, d’anomalies chromosomiques et d’aneuploïdies. La morphologie spermatique peut être considérée comme un marqueur de la qualité de la spermatogénèse.
L’institut national du Royaume Uni recommande aux cliniciens d’aviser les hommes infertiles sur les 5 facteurs de « risques » (potentiellement modifiables) qui peuvent altérer la qualité des spermatozoïdes : consommation excessive d’alcool, de tabac, le port de sous-vêtements serrés, un IMC (indice de masse corporelle) > à 29 et l’utilisation de drogues récréatives (stéroïdes anabolisants et cocaïne). Mais qu’en est-il de l’impact plus spécifique de certains de ces facteurs de risque sur la morphologie des spermatozoïdes ?
L’objectif de l’étude a donc été d’étudier l’influence du mode de vie sur la morphologie des spermatozoïdes.
Une étude multicentrique cas-témoins (318/1652) avec des patients recrutés dans 14 centres de fertilité à travers le Royaume Uni pendant une période de 37 mois à partir du 1er juin 1999 a été menée afin de dégager des tendances statistiques.
Les critères d’inclusion de l’étude étaient : Hommes âgés d’au moins 18 ans, en couple, infertiles depuis plus d’un an, sans spermogramme préalable.
La réalisation du spermogramme a été recommandée après 3 à 5 jours d’abstinence sexuelle. La morphologie spermatique a été déterminée par un analyseur d’image couplé à un ordinateur (CASA) afin d’obtenir une standardisation correcte des résultats.
Les « cas » ont été définis par un nombre de formes typiques de spermatozoïdes strictement inférieurs à 4% sur la base de 200 spermatozoïdes évalués (recommandation OMS 2010).
Afin de limiter les biais les caractéristiques « non modifiables » comme l’âge, l’origine ethnique, la conception antérieure, les antécédents d’oreillons, une fièvre, l’âge de la partenaire sont étudiées.
Les caractéristiques « modifiables » comme l’IMC, le travail manuel, le port de boxer, l’usage, de tabac, de drogues récréatives, de cannabis, la saison pendant laquelle le spermogramme a été réalisé et le délai d’abstinence sont étudiés
Les odds ratio ont été calculés pour les 2 groupes (cas, témoins).
L’analyse a été effectuée, pour chaque facteur, de façon indépendante, puis dans un modèle unique avec tous les facteurs.
L’étude révèle que l’utilisation de cannabis semble influencer négativement la morphologie spermatique (OR=1.55). D’autre part, l’âge semble être un facteur déterminant. Le phénomène étant plus marqué pour les hommes avant 30 ans (OR=1.94, intervalle de confiance à 95%).
L’usage d’alcool et de cigarettes ne semble pas influencer la morphologie spermatique.
La tératospermie semble également être liée à la saison pendant laquelle le spermogramme a été réalisé. (OR=1.99, intervalle de confiance à 95%). En effet, lorsque le spermogramme a été réalisé durant l’été, le nombre de formes atypiques est supérieur aux autres périodes de l’année.
Aucune association significative n’a été observée entre la tératospermie et l’IMC, le type de sous-vêtement, la consommation d’alcool ou de tabac, ou encore, les antécédents d’oreillons.
Cette étude cas/témoins révèle que 2 facteurs, après ajustement, semblent être associés à une tératospermie augmentée :
- La saison (l’été plutôt que les autres périodes)
- La consommation de cannabis chez les hommes de moins de 30 ans. Un impact négatif avait également été retrouvé dans d’autres études sur la mobilité. La consommation de cannabis doit donc être contre-indiquée chez les hommes jeunes en situation d’infécondité.
Pacey AA, Povey AC, Clyma JA, McNamee R, Moore HD, Baillie H, Cherry NM. Modifiable and non-modifiable risk factors for poor sperm morphology.Hum Reprod; 2014 ;29: 1629-1636.
