Les thrombopénies auto-immunes ou PTI (Purpura Thrombopénique Immunologique) sont dues essentiellement à la présence d'auto-anticorps antiplaquettes qui, se fixant à la membrane des plaquettes, les rendent particulièrement sensibles à la phagocytose des macrophages. Ces anticorps reconnaissent le plus souvent des antigènes portés par les glycoprotéines membranaires plaquettaires : le complexe des glycoprotéines GP II b /IIIa dans 70-80 % des cas et le complexe GPIb /IX dans 20-30 % des cas. Dans des modèles animaux murins, il a été montré que les anticorps anti-GPI b / IX mais non les anticorps anti-GP II b / III a induisent une clairance plaquettaire Fc indépendante et une résistance aux immunoglobulines intraveineuses. Parallèlement, chez les patients, il a pu être observé que les cas de PTI médiés par les anticorps anti-GP I b / IX sont associés à une réponse moins bonne aux corticoïdes ou aux immunoglobulines intraveineuses.
Pour illustrer ce fait, les auteurs rapportent le cas d'un patient de 55 ans ayant présenté d'abord une anémie hémolytique auto-immune mise en rémission par corticoïdes puis immunoglobulines intraveineuses sans rechute de celle-ci par la suite puis pendant 7 ans un PTI : l'évolution de celui-ci a été émaillée de 3 rechutes avec un chiffre plaquettaire très abaissé (35,13 puis 1 G/L) sans signes hémorragiques notables toutefois en dehors de quelques pétéchies et sensibles à un traitement par corticoïdes. Par contre, une hospitalisation a été ensuite nécessaire du fait d'une rechute de la thrombopénie à 58 G/L (qui diminuera à 1G/L) associée à un syndrome hémorragique sévère : purpura ,hémorragies intrabuccales, méléna et enfin hémorragie intra-alvéolaire pulmonaire fatale.
Devant le caractère réfractaire de cette thrombopénie aux différents traitements entrepris : corticoïdes, immunoglobulines intraveineuses, transfusions plaquettaires et de culots globulaires, administration de facteur VII activé recombinant et d'acide tranexamique, il a été entrepris une recherche et un typage des anticorps antiplaquettes. Les auteurs ont ainsi pu mettre en évidence la présence d'auto-anticorps antiplaquettes de spécificité anti GP Ib /IX. Ils ont aussi montré que le sérum du patient entrainait une inhibition de l'agrégation de plaquettes normales induite par la ristocétine et enfin une désialylation de plaquettes normales. Cet effet est dû à l'hyperactivation des plaquettes induite par les anticorps anti-GP I b /IX entraînant sécrétion et dégranulation d'une part et translocation de la neuraminidase responsable de désialylation de la membrane des plaquettes d'autre part (comme cela a pu être démontré dans des modèles murins).
Ainsi cette observation souligne le fait qu'au cours de l'évolution la cible et la spécificité des anticorps antiplaquettes mis en évidence dans le PTI peut se modifier : les anticorps peuvent reconnaître des épitopes antigéniques mis en jeu dans la fonction plaquettaire responsable de formes particulièrement sévères de PTI parfois même réfractaires à toute tentative thérapeutique.
Li J et coll. : Severe platelet desialylation in a patient with glycoprotein Ib/IX mediated immune thrombocytopenia and fatal pulmonary hemorrhage. Haematologica 2014; 99: 61-63
