La rhino-conjonctivite aiguë ou chronique et la crise d’asthme de mécanisme allergique immédiat IgE dépendant résultent entre autres de la conjonction entre un terrain atopique génétiquement prédisposé et la présence constante ou occasionnelle d’aéro-allergènes ou pneumallergènes. En connaître les principales caractéristiques permet au praticien de poser les bonnes questions lors de l'interrogatoire et d’envisager un bilan allergologique adapté et d’orienter d’éventuels examens complémentaires (tests cutanés ou biologiques). Les allergènes de l’habitat favorisent la symptomatologie chronique. Les pollens sont au contraire à l’origine de manifestations saisonnières d’une durée plus ou moins longue en cas de polyallergie à plusieurs d’entre eux.
Au hit-parade des allergies respiratoires, les acariens domestiques en raison de leur présence continue dans l’habitat restent en première position comme responsables d’allergie immédiate IgE dépendante. Selon différentes études, la sensibilisation au chat est, elle, estimée à 23 % de la population en Europe du nord. L’étude ECRHS au niveau européen estime, dans le cadre d’une rhinite pollinique, chez l’adulte jeune, la sensibilisation aux graminées à 18 %, au bouleau à 9,5 % des cas. Pour le cas particulier de l’ambroisie, plante très concentrée dans les régions du pourtour méditerranéen, le pourcentage de 12,5 % est élevé rapporté au caractère local de sa répartition géographique.
Les allergènes domestiques
- Les acariens
Microscopiques (entre 170 et 500 µ), les acariens domestiques « squattent » notre habitat. Leur développement est favorisé par une température entre 20 et 25 °C et un taux d’humidité relative de 70 à 80 %. Se nourrissant de débris de peau, leur habitat de prédilection reste le matelas sans délaisser pour autant les coussins, les oreillers en plumes, les couvertures en laine, les peluches, la moquette, les canapés en tissus et les doubles rideaux. L’aération quotidienne, le soleil, la chaleur sèche ou le froid sec, l’altitude (supérieure à 1200 m) représentent leurs pires ennemis. Actuellement, une vingtaine de groupes allergéniques sont isolés. Le premier allergène, Der p 1 du groupe 1, isolé en 1980 se retrouve dans les déjections des acariens. Le groupe 10 réunit, lui, les tropomyosines responsables en partie d’allergies croisées acariens et crustacés ou mollusques.
Moins connus, les acariens de stockage ont besoin d’une température et d’une humidité relative plus élevée. Leur nourriture étant constituée essentiellement de grains, de farine, de foins et de paille, ils vivent dans les granges, les greniers, les étables, les animaleries, les entrepôts et les placards.
- Les animaux domestiques
Le chat domestique est le réservoir d’au moins quatre allergènes. Le principal (Fel d 1), produit par les glandes salivaires, sébacées et anales, voit sa sécrétion varier en fonction du taux de testostérone de l’animal. Une chatte est donc moins allergisante qu’un mâle castré qui l’est moins qu’un mâle entier non castré. On considère que 90 % des patients ayant un test cutané positif au chat présentent une réactivité IgE-dépendante à Fel d 1. L’autre allergène majeur Fel d 4 est, lui, isolé dans les glandes salivaires sous-mandibulaires et plus de 60 % des patients allergiques au chat y réagissent. Les allergènes mineurs Fel d 2 et Fel d 3 semblent moins impliqués dans l’apparition de symptômes. De très petite taille, ces allergènes, facilement véhiculés dans l’airse déposent dans la poussière de maison ou se fixent sur toutes sortes de supports : tissus d’ameublement, habits, etc., expliquant une possible sensibilisation sans contact direct avec un chat.
Les allergènes majeurs de chien : Can f 1 et Can f 2 sont contenus dans les poils, les phanères et la salive de l’animal. L’albumine de chien Can f 3, présent dans les phanères de l’animal, possède une structure quasi identique à la kallicréine contenue dans le liquide séminal humain. Cela expliquerait une possible allergie au liquide séminal humain chez des femmes sensibilisées aux squames de chien.
La pratique du cheval (allergène majeur Equ c1 présent dans les phanères, les urines et la salive) peut favoriser le dépôt d’allergènes dans l’habitat par le biais de leur présence sur la tenue d’équitation.
· Divers
Les moisissures dites « domestiques » envahissent les maisons humides et mal ventilées. Leur présence sur les murs dans l’habitat peut être responsable soit de phénomènes allergiques IgE dépendant, soit d’alvéolites allergiques extrinsèques ou toxiques.
Certaines sont retrouvées également à l’extérieur : elles provoquent alors en période estivale des rhino-conjonctivites allergiques parfois confondues à tort avec un « rhume des foins » aux pollens de graminées.
Insectes de la famille des blattidés, les cafards comptent environ 4 000 espèces connues dont la blatte germanique est la plus répandue en France. Leur pouvoir allergisant réside dans leur exosquelette (éliminé à chaque mue), son tube digestif et ses déjections. Aimant la chaleur, les sources d’eau et de nourriture, elles ont tendance à se cacher à l’arrière des appareils électroménagers. Préférant sortir la nuit, elles se retranchent le jour dans les fissures murales, les vide-ordures, les égouts et les conduites de chauffage, que le logement soit vétuste ou non.
Les plantes vertes sont souvent oubliées lors de l’interrogatoire, les plantes vertes n’en restent pas moins des sources allergéniques potentielles, soit par le végétal en lui-même soit par le biais des moisissures présentes dans la terre.
Les pollens
Penser que tous les pollens sont allergisants serait une erreur puisque seuls les pollens « anémophiles » (transportés par le vent) le sont. Leur potentiel allergénique varie selon plusieurs critères : le nombre et la taille des grains, leur aspect de surface, leur degré de mobilité aérienne, leur composition en protéines allergisantes, l’influence de la météo et de la pollution atmosphérique, en particulier des particules diesel.
On considère qu’il y a trois saisons polliniques de la fin de l’hiver au début de l’automne : la saison des arbres est suivie de la médiatique saison des pollens de graminées, plus connue sous le nom de rhume des foins et ensuite celle des pollens d’herbacées. La région lyonnaise et le bassin rhodanien présentent une pollinisation spécifique à l’ambroisie représentant un véritable problème de santé publique. La répartition géographique des différentes espèces d’arbres ou de pollens d’autres végétaux conditionne sans conteste la prédominance d’allergie respiratoire selon les régions au fil des mois. Les patients polyallergiques à des pollens de familles différentes et donc à période de floraison spécifique se succédant sont « gênés » pendant de nombreux mois.
· Les arbres
Le bouleau, caractérisé par son tronc blanc très reconnaissable, est présent plus volontiers dans le nord de l’Europe. Sa période de pollinisation s’étend classiquement de fin février à début avril et varie en fonction de la météo. Comme l’aulne, le charme et le noisetier, il fait partie de la famille des bétulacées. Pour cet arbre, quatre allergènes sont identifiés dont l’allergène majeur Bet v 1 ; une certaine homologie moléculaire de Bet v 1 avec les allergènes de certains fruits explique de possibles allergies croisées alimentaires ;
Le cyprès de la famille des cupressacées (au même titre que le thuya et le génévrier) pollinise dans la région méditerranéenne de l’hiver (début en janvier) jusqu’au printemps. Sa période de floraison est toutefois tributaire des conditions météorologiques. On considère actuellement que l’allergie aux pollens de cyprès concerne 10 à 30 % des pollinoses au plan mondial.
· Les graminées
Elles s’appellent dactyle, phléole, chiendent, flouve, fétuque, ivraie, pâturin, houlque, etc. On les retrouve très volontiers sur le bord des routes et dans les terrains vagues qu’elles envahissent. Leur répartition géographique intéresse toute la France. Pour l’instant, au niveau diagnostique, la phléole est le pollen de référence avec ses treize allergènes identifiés. La libération de leurs pollens débute classiquement dès mai dans le sud et un peu plus tard dans le nord, cette période s’étendant environ sur trois mois.
· Les herbacées
Le terme « herbacées » regroupe différentes familles allergisantes telles que : les composées (l’absinthe, l’armoise, le tournesol et l’ambroisie), les cannabacées comme le houblon, ou le Cannabis sativa, les plantaginacées comme le plantain, et les urticacées avec la pariétaire, etc... La liste est bien sûr trop longue pour pouvoir tout énumérer.
À retenir pour l’approche diagnostique clinique
1. L’interrogatoire minutieux préalable à tout bilan allergologique doit faire ressortir tous les réservoirs potentiels d’allergènes aériens sans en négliger aucun.
2. Chaque année, l’évaluation du taux de pollens dans l’air ambiant est transmise par le biais du site du Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA). Site : www.pollens.fr et son application Smartphone
3. En cas de manifestations respiratoires dues aux pollens sur une longue période, penser à une allergie IgE dépendante à plusieurs pollens différents.
