En appui ou en remplacement des tests cutanés, le recours aux tests biologiques est souvent d’une aide précieuse en allergologie. Néanmoins ce diagnostic allergique par la détermination des IgEs est compliqué par les IgE cliniquement non significatives, parmi lesquelles les plus importantes sont les IgE contre les déterminants carbohydrates ou CCDs, responsables de réactivités croisées et qu’on trouve sur les allergènes des plantes et des insectes. Un travail récemment publié a fait le point sur cette problématique :

  • Ces CCDs entrainent des résultats faussement positifs.
  • L’inhibition des CCDs a été proposée comme solution, mais jusqu’à présent n’a pas pu être appliquée en routine diagnostique au laboratoire.
  • Les auteurs ont cherché une procédure simple et abordable pour surmonter le problème des CCDs.

- Matériel et Méthode :

Des échantillons de sérums de patients allergiques ont été analysés vis-à-vis des IgE spécifiques à différents allergènes :

    • par différents tests commerciaux (Phadia, Mediwiss et Siemens) afin de minimiser l’effet méthode
    • avec ou sans un bloqueur semi synthétique des CCD :
      • ayant un minimum d’interaction non spécifique
      • et qui a été préparé à partir de glycopeptides de bromeline purifiés et d’albumine sérique humaine.

- Résultats :

Ils montrent à la fois l’importance du problème de réactivités croisées mais aussi la possibilité technique de le réduire

  • 22% des 6000 prélèvements sériques ont réagi avec les protéines CCD.
  • L’incidence des IgE anti CCD atteint 35% dans le groupe des adolescents.
  • Chez les patients avec des IgE anti-CCD, l’application du bloqueur de CCD entraîne une réduction nette des valeurs mesurées, souvent en dessous du seuil de signification.
  • Une bien meilleure corrélation entre les résultats du laboratoire, l’anamnèse ainsi que les tests cutanés est observée dans de nombreux cas.
  • L’inhibiteur de CCD n’affecte pas les résultats pour lesquels les CCDs ne sont pas impliqués.

- Conclusion :

  • L’élimination de l’effet des IgE contre les CCDs par inhibition conduit à une réduction significative des faux positifs du test in vitro, sans abaisser la sensibilité des sensibilisations significatives.
  • L’application de l’inhibiteur de CCD pourrait être bénéfique lorsque des extraits d’allergènes naturels sont utilisés.

Les auteurs ont testé différentes techniques de dosages d’IgEs avec ou sans un inhibiteur des CCD.

L’apport de celui-ci permet un meilleur diagnostic biologique en éliminant les faux positifs. Il n’y a pas de modification des résultats sur les sérums ne contenant pas de CCD. Cette technique semble donc simple et fiable.

Ce travail confirme qu’il est donc possible en routine d’inhiber ces résidus CCD. Ce gain de spécificité permettrait d’améliorer l’interprétation des résultats d’IgE spécifiques qui sont encore à l’origine de beaucoup de diagnostics allergologiques erronés. Il est difficilement compréhensible qu’actuellement cette inhibition ne soit pas systématique pour tous les allergènes connus comme ayant des CCD : c’est le cas de très nombreux allergènes d’origine végétales et pour les insectes, essentiellement les hyménoptères.

Il faut espérer que ce travail soit largement diffusé et qu’un laboratoire propose un extrait bloqueur de CCD équivalent à celui de cette étude. Les auteurs de ce travail ont extrait cet inhibiteur à partir de la bromeline.

 

L’inhibition de la liaison IgE sur les déterminants carbohydrates augmente la sélectivité du diagnostic. : F. Holzweber1, E. Svehla2, W. Fellner3, T. Dalik2, S. Stubler4, W. Hemmer5, F. Altmann2, dans Vol. 68 Issue 9 Allergy