La 4ème journée organisée par l’ANSES sur l’antibiorésistance a confirmé le rôle des plasmides dans la diffusion des mécanismes de résistance se transmettant de l’animal à l’homme et favorisant l’émergence de bactérise hautement résitantes (BHR). L’utilisation massive d’antibiotiques à large spectre dans l’industrie agro-alimentaire a été évoquée. Les intervenants ont insisté sur l’utilisation à l’aveugle des céphalosporines et des fluoroquinolones (exposition du bétail à ces molécules multipliée par 2 à 3 au cours des 15 dernières années) exerçant une pression de sélection importante sur les entérobactéries. Les pratiques de métaphylaxies généralisées du fait de l’élevage intensif et qui visent à étendre le traitement à tout le troupeau au lieu de ne concerner que les animaux malades aggravent ces conséquences. A l’instar de ce qui se fait en médecine humaine, une prise de conscience a conduit certaines filières (porcine en particulier, qui a vu la consommation d’ATB diminuer de 20% ces 5 dernières années) à limiter ces pratiques, mais le mal est fait pour certains infectiologues. Ce n’est pas la tant la transmission directe de germes pathogènes, telles que les salmonelles par exemple, qui pose problème car elle reste marginale au plan de l’épidémiologie bactérienne. La problématique principale concerne les plamides de résistance, en particulier ceux responsables des épidémies récentes de BLSE, d’EPC et KPC. Il s’agit de petites molécules d’ADN circulaires qui circulent entre 2 bactéries, d’une espèce animale à l’autre et de façon réciproque de l’animal à l’homme, en particulier au sein d’E. coli non pathogènes et échappent à tout contrôle en l’absence d’isolement de ces bactéries. Seules des études épidémiologiques de grande envergure avec séquençage de ces plasmides transmettant ces mécanismes de résistance permettraient de mieux définir la responsabilité de l’antibiothérapie animale dans les épidémies de BMR humaines. Une étude française récente concernant un plasmide de résistance à une céphalosporine utilisée en médecine vétérinaire (Ceftiofur) a permis de le retrouver dans des E. coli chez diverses espèces animales (chat, chien, chevaux, chèvre) et dans des salmonelles (S. enterica) isolées chez l’homme, la volaille et des bovins. Les animaux ne présentaient aucun lien épidémiologique, aucune logique de troupeau ou de collecte n’a été mise en évidence et les lieux géographiques étaient très éloignés. L’élucidation des modes et des risques de transmission entre ces différents réservoirs pourrait donc être un enjeu de santé publique majeur pour l’avenir.
Quotidien du médecin 24/10/2013
