Le cancer colo-rectal (CCR) est une affection typique des pays développés, qui touche chaque année 1 million de sujets supplémentaires et provoque 600 000 décès. Le développement de ce cancer est le résultat d'une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux, notamment alimentaires. Le microbiote intestinal joue probablement un rôle important.
De nombreuses études ont montré le lien entre infection à S. bovis (notamment l'endocardite) et CCR. S bovis a récemment été reclassé sur des caractères moléculaires et phénotypiques en plusieurs sous-espèces et c'est S. gallolyticus subsp gallolyticus, qui s'avère associé en particulier aux adénomes et carcinomes invasifs.
S. gallolyticus spp est présent dans l'intestin de nombreux animaux et les souches animales ne semblent pas différentes des souches d'endocardites humaines. De plus, des études ont montré que ces endocardites survenaient préférentiellement chez les habitants de zone rurale : des arguments qui laissent à penser que la nourriture est à l'origine de la colonisation digestive par le germe, et celui-ci colonise préférentiellement les tissus pré-cancéreux.
Les changements métaboliques associés à la carcinogénèse permettraient de créer un environnement propice à une colonisation spécifique par le germe et à sa croissance. Celui -ci pourrait à son tour promouvoir le développement tumoral par induction de la voie de la cyclo-oxygenase 2, qui favorise la prolifération cellulaire, l'inhibition de l'apoptose, et l'augmentation de l'angiogénèse. La translocation du germe à travers la paroi digestive serait favorisée par la perméabilité des jonctions serrées, une caractéristique du CCR. Le germe utiliserait sa capsule polysaccharidique (une caractéristique unique dans le groupe des streptocoques du groupe D) pour échapper au système immunitaire. Autre facteur favorisant la survenue de l'endocardite, sa capacité à former du biofilm avec le collagène de type I, abondant dans les valves cardiaques altérées.
Au final, il est maintenant important d'identifier S.bovis au niveau de la sous-espèce afin de confirmer le lien entre S. gallolyticus subsp gallolyticus et CCR, et progresser dans l'étude des facteurs de virulence aboutissant à la survenue de l'endocardite. L’intérêt d’une prévention microbiologique de la tumorogénèse du CCR est encore très hypothétique compte tenu des incertitudes sue les mécanismes et les intrications avec les autres facteurs de risques (alimentaires, héréditaires…)
Source : Boleij A et coll. : The itinerary of Streptococcus gallolyticus infection in patients with colonic malignant disease. Lancet Infect Dis., 2013; 13:719-24. doi: 10.1016/S1473-3099(13)70107-5. Epub 2013 Jul 5.
