A lors que le sujet agite les consciences depuis plusieurs années, en particulier en France où les questions politiques liées au mariage pour tous l’ont ramené sur le devant de la scène, c’est dans une relative indifférence qu’une équipe de chercheurs américains a produit pour la première fois des cellules embryonnaires humaines (CSEh).
Publiés dans la revue Cell, ces travaux diffèrent significativement de la production de cellules iPS (Induced Pluripotent Cells). Dans ce dernier cas, qui a valu à son inventeur le prix Nobel de médecine 2007, on utilise une cellule somatique que l’on modifie en introduisant des gènes extérieurs qui lui permettent de se « dédifférencier » et de retrouver un potentiel de cellule souche pluripotente. C’est la reprogrammation IPS, qui est maintenant admise et représente pour certains une alternative à l’utilisation de cellules souches embryonnaires issues des FIVET. Dans l’étude américaine de S. Mitalipov (Université de l’Oregon), c’est un noyau de fibroblaste qui a été introduit dans un ovocyte activé de façon à ce que soient reproduites les étapes suivant une fécondation et conduisant à la fabrication d’un embryon.
La technique est donc exactement la même que celle utilisé pour le clonage animal avec Dolly mais c’est une première sur des cellules humaines, les tentatives précédentes ayant toujours échoué. Les protocoles de stimulation, le choix et la supplémentation du milieu de culture ont été décisifs. L’embryon obtenu a été cultivé jusqu’au stade de blastocyste, à partir duquel ils ont dérivé une lignée de cellules souches embryonnaires qui pourrait être utilisé à des fins de recherche et à terme, thérapeutique. En effet ces cellules sont exactement identiques à celles du donneur, à l’exception de l’ADN mitochondrial qui est celui de l’ovocyte, et donc disponibles sans risque de rejet. Par rapport aux iPS, la technique de reprogrammation est différente et ne semble pas induire d’anomalies génétiques comme en retrouve dans les iPS. Des études complémentaires doivent comparer leurs intérêts respectifs car en pratique les iPS sont beaucoup plus faciles à obtenir que les CSEh. Concernant les questions éthiques, cette technique a le mérite d’exclure l’AMP de ce processus puisque le but initial est thérapeutique et non reproductif et que les embryons obtenus ne semblent pas être viables.
Quotidien du Medecin 17/05/13 rep Cell
