L’émergence de Bactéries Multi-Résistantes en pathologie humaine est un problème de santé publique majeur. Il est intéressant de voir si cette tendance se limite à l’espèce humaine où si elle est rencontrée en médecine vétérinaire. Un point sur cette question a récemment été fait par une équipe de vétérinaires allemands qui ont passé en revue les principaux problèmes rencontrés.
Staphylocoques Résistants à la Méticilline : Si la résistance aux béta-lactamines est connue depuis longtemps du fait de Béta-lactamases inactivées par les inhibiteurs de béta-lactamase, l’émergence de souches meti-R est un phénomène relativement récent qui repose sur le même mécanisme que dans l’espèce humaine (gène mecA codant pour la protéine PLP-2a). En plus de la résistance aux Béta-lactamines, ces souches présentent souvent une multi-résistance aux principales familles d’ATB. Pour les staphylocoques dorés (SARM), certaines classes d’ATB sont très affectées par ce phénomène de résistance (50% de résistance à l’amoxicilline + ac. clavulanique, 75% aux fluoroquinolones, 70% aux macrolides et apparentés) alors que d’autres conservent une efficacité sur la plupart des souches de SARM ((90% pour sulfamethoxazole + trimethoprime, 90% pour la fucidine, 80% pour la doxycycline).Ce phénomène est retrouvé pour les staphylocoques coagulase négative (groupe intermedius et pseudo-intermedius essentiellement, SIPM) avec des conséquences comparables (avec une perte d’efficacité plus importante de la doxycycline). Les espèces animales concernées sont essentiellement les porcs et les animaux de compagnie avec une fréquence accrue de SIPM chez les chiens et de SARM chez les autres espèces. Afin d’obtenir les meilleures chances de guérison et d’éviter une sélection croissante de multi-résistance, l’identification et la réalisation d’un antibiogramme sont indispensables à la mise en place d’une ATBiothérapie adaptée plutôt qu’à l’aveugle. Un traitement probabiliste dans l’attente des résultats est souvent débuté avec en première intention le recours au cyclines ou aux phénicolés, voire aux aminosides pour certaines indications locales, avec un usage restreint aux formes parentérales.
Cette acquisition de résistances aux ATB traditionnels est également retrouvée pour les entérocoques, même si la notion d’Entérocoques Résistants à la Vancomycine n’est pas décrite comme chez l’homme du fait des habitudes thérapeutiques différentes.
De même pour les bacilles gram négatifs, l’émergence des Entérobactéries productrices de béta-lactamases à spectre étendu (EBLSE) est venue limiter considérablement l’efficacité des béta-lactamines. L’utilisation des C3G (ou C4G) en première intention doit être proscrite, sauf indication particulière, et réservée aux infections dont les germes ont été confirmés comme sensibles à ces ATB. C’est particulièrement vrai pour les infections à Pseudomonas aeruginosa. Les EBLSE présentent en outre de fréquentes résistances associées (mécanisme de Multi-Drug Resistance MDR) limitant l’efficacité des fluoroquinolones et des aminosides.
L’expérience de l’évolution de ces résistances en médecine humaine doit inciter les vétérinaire à limiter et à rationaliser l’utilisation des ATB afin d’éviter la généralisation des ces souches résistantes entraînant une véritable course aux armements et débouchant à terme sur des impasses thérapeutiques.
Laboklin aktuell. Janvier 2013
