Le congrès de L’European Research Organisation on Genital Infection and Neoplasia (EUROGIN) a donné lieu à une revue des principales stratégies de dépistage en cours en Europe ainsi que des améliorations à proposer. Le cancer du col est au 3ème rang des cancers féminins et demeure un problème de santé publique important, en particulier dans les pays les plus pauvres. Dans les pays riches, le dépistage cytologique a certes permis de réduire de 50% la mortalité mais cette politique montre actuellement ses limites (30% des cancers diagnostiqués le sont chez des femmes ayant pratiqué des frottis à un rythme régulier). Alors que cette maladie est totalement évitable, en France 50% des femmes sont sur dépistées alors que 50% ne le sont pas suffisamment (voire pas du tout) ou avec des techniques inadaptées. Les solutions envisagées doivent donc être multiples afin d’améliorer la couverture du dépistage, d’en améliorer à la fois la sensibilité et la spécificité et d’en réduire le coût.

L’amélioration de la couverture du dépistage pourrait être favorisée par l’auto-prélèvement. En effet les principaux freins au dépistage sont le manque de disponibilité des gynécologues et la pusillanimité de certaines femmes avec certaines spécificités ethniques et/ou religieuses. Les données colligées de 2 essais d’auto-dépistage avec test HPV par biologie moléculaire menées aux Pays-Bas (PROHTECT) montrent que 30% des femmes échappant au dépistage classique peuvent être ainsi « récupérées ». Une étude suédoise confirme ces données avec mise en place d’un contrôle virologique à 3 mois en cas de positivité afin d’accroître la spécificité (de 94.2 à 97.8%) avant biopsie pour CIN2+.

L’amélioration de la sensibilité passe par le recours aux tests virologiques HPV en première intention qui augmente de 25% en moyenne (test hybrid Capture 2 vs cytologie pour les ASCUS, LSIL, CIN2, 3 et les cancers invasifs.

La contrepartie de cette sensibilité supérieure est une baisse de la spécificité (6% de mois que la cytologie) du fait d’infections transitoires avec clairance virale spontanée. 2 possibilités sont évoquées pour améliorer cette spécificité : La recherche de la protéine p16-INK4A qui est surexprimée dans les cellules anormales, qui en cas de négativité permet de récuser la colposcopie et de différer le contrôle virologique à 3 ans. L’alternative est la recherche directe de l’ARNm viral E6/E7 (test Aptima) qui a une sensibilité équivalente aux tests ADN mais n’est positif qu’en cas d’infection virale active et persistante. L’intérêt de ce test a été démontrée aussi bien dans le dépistage primaire des lésions précancéreuses de haut grade que dans le tri des femmes présentant des lésions de type ASCUS ou LSIL (ratio de spécificité de 1.19 et 1.37 respectivement vs test ADN de référence Hybrid Capture 2).

Enfin les économies pourraient être réalisées en espaçant les tests. En cas de dépistage associant la cytologie et la virologie , l’American Cancer Society en s’appuyant sur des essais cliniques de grande envergure (331 000 femmes suivies) recommande un contrôle à 5 ans en cas de double négativité en considérant que le risque de développer dans l’intervalle une lésion de type CIN3+ est extrêmement faible. Une évaluation est en train d’être menée chez la femme bénéficiant uniquement du test HPV en dépistage primaire.

Communications Eurogin HPV et cancer du col – Prague 8-11/07/2012