La vitamine B12 joue un rôle de premier plan dans le métabolisme des acides gras et des acides aminés, tout autant que dans la biosynthèse des nucléotides de l’ADN. Il n’est donc pas surprenant qu’un déficit en B12 soit à l’origine de troubles multiples, notamment d’atteintes neurologiques neurologique significatives, au même titre que la classique anémie macrocytaire. Des altérations structurelles, voire purement fonctionnelles (et réversibles dans ce cas), de la myéline pourraient être en cause, par exemple dans le cas de la sclérose combinée de la moelle. 
Diverses études montrent que la fréquence des déficits en B12 apparaît élevée au sein de la population générale, notamment chez les sujets âgés et les végétaliens, ce qui doit alerter quant au risque de rencontrer des tableaux hématologiques et neurologiques connus de longue date et parfois quelque peu oubliés, le vieillissement de la population et l’adoption croissante de certaines habitudes alimentaires y étant pour beaucoup.
Dans la circulation sanguine, cette vitamine se lie à des protéines de transport, les transcobalamines (principalement la transcobalamine II), qui l’amènent vers les tissus et les organes-cibles sous sa forme active. En pratique les taux sériques normaux de vitamine B12 sont définis indépendamment de l’âge sur les comptes rendus de laboratoire. Une étude transversale amène à s’interroger sur les limites de normalité chez le sujet âgé. Faut-il par ailleurs prendre en compte la forme biologiquement active de la vitamine B12 pour affiner les critères décisionnels 

L'intérêt d'aller plus loin dans les dosages a été exploré récemment dans une étude de cohorte transversale incluant 231 sujets âgés (âge médian 71,2 ans) en bonne santé apparente, dont l’objectif était d’évaluer si des taux de B12 dans la plage normale telle qu’actuellement définie, peuvent néanmoins être associés à des signes mesurables de lésion ou de dysfonctionnement neurologique.
Dans tous les cas, les taux sanguins de B12 totale ont été mesurés automatiquement par une méthode de référence (électro-chimiluminescence). La valeur médiane étant estimée à 414,8 pmol/l, autrement dit, des valeurs situées dans l’intervalle de normalité actuellement défini par des bornes respectives de 200 et 800,0 pg/mL.
Les fractions biologiquement inactives (holo-haptocorrine, Holo-HC) et actives (holo-transcobalamine, Holo-TC) ont été prises en compte dans les dosages systématiques.

Du point de vue neurologique, diverses variables ont été évaluées afin d’apprécier la qualité de la conductivité nerveuse qui peut être mise à mal par le manque en vitamine B12. Il s’agit en premier lieu des potentiels évoqués visuels (PEV), mais aussi de la vitesse du traitement cognitif qui intègre bien d’autres éléments que l’intégrité de la myéline.
Une IRM cérébrale a par ailleurs été réalisée systématiquement à la recherche d’hypersignaux de la substance blanche (HSB), parallèlement au dosage sérique de biomarqueurs liés à la neurodégénérescence (comme la protéine Tau) et à l’atteinte astrocytaire.
Les taux sériques faibles de vitamine B12 (tout particulièrement d’Holo-TC) ont ainsi été associés à : (1) un allongement significatif de la latence des PEV (p = 0,023), ce qui pourrait témoigner d’un ralentissement de la vitesse de conduction de l’influx au sein des gaines de myéline ; (2) une diminution de la vitesse du traitement cognitif de l’information, cet effet négatif étant accentué par l’âge; (3) un volume d’HSB plus élevé en IRM.

Les taux élevés de B12, notamment de sa forme inactive (Holo-HC) ont, pour leur part, été associés à des taux sériques plus élevés de protéine Tau, témoignant d’une dégénérescence axonale accentuée. 
Cette étude transversale amène à s’interroger sur la validité des seuils retenus pour définir l’intervalle de normalité des taux sériques de vitamine B12 chez le sujet âgé. Il semble que, même au sein de la plage « normale » pour des dosages ne séparant pas les différentes fractions, des taux faibles de forme active (Holo-TC) soient associés à des modifications tant fonctionnelles que structurelles (mais infracliniques) du système nerveux central, hypothétiquement liées à des modifications de la myéline ou d’autres composants de ce dernier.
Le sujet âgé serait plus vulnérable au manque en vitamine B12, même quand il apparaît modeste et non reconnu si l’on se réfère aux critères diagnostiques actuels. Des taux élevés de cette vitamine pourraient, par ailleurs, être également associés à des effets délétères en augmentant le risque de dégénérescence neuronale. 
Faut-il pour autant redéfinir l’intervalle de normalité des taux sériques de B12, en distinguant ses formes active et inactive? Seules de nouvelles études portant sur des effectifs plus importants et sur une plus longue période pour objectiver l'impact clinique de ces anomalies neurologiques pourront dans l'avenir le justifier.


Ref : Beaudry-Richard A, Abdelhak A, Saloner R, et al. Vitamin B12 Levels Association with Functional and Structural Biomarkers of Central Nervous System Injury in Older Adults. Ann Neurol. 2025 Feb 10. doi: 10.1002/ana.27200.JIM.fr

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