Les dosages sériques de p-tau sont proposés pour le diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer. Une équipe internationale vient de montrer que ces biomarqueurs sont aussi présents dans la maladie de Charcot, soulevant ainsi la question de leur spécificité.
Au cours des cinq dernières années, les biomarqueurs sanguins ont pris une importance croissante comme alternative non invasive aux analyses du liquide céphalorachidien (LCR) pour le diagnostic de la maladie d’Alzheimer (MA), en tant que marqueurs des modifications neuropathologiques.
Parmi les plus étudiés, on trouve les peptides p-tau phosphorylés (p-tau) : p-tau 217, p-tau 181 et parfois p-tau 231. Leur taux se modifierait tôt dans la maladie et reflèteraient la sécrétion de fragments de tau phosphorylés en réponse à la formation des plaques amyloïdes ou à la présence d’espèces amyloïdes solubles-β.
La p-tau 217 (forme phosphorylée en thréonine 217) semble le plus spécificifique des biomarqueurs plasmatiques. En raison de leur rentabilité et de leur caractère moins invasif, p-tau 181 et p-tau 217 ont récemment été proposés comme tests de dépistage sanguin pour le diagnostic précoce de la MA en population générale.
Néanmoins, ces biomarqueurs peuvent aussi être présents dans d’autres maladies neurodégénératives. Des travaux précédents ont montré que les taux de p-tau 181 étaient élevés dans le sang des patients atteints de sclérose latérale amyotrophique (SLA), mais pas dans leur liquide céphalorachidien, comme c'est le cas chez les patients atteints de MA. Aussi, l’étude de la spécificité des dosages des peptides p-tau est d’un grand intérêt pour le diagnostic positif ou différentiel de ces maladies.
Une équipe internationale vient de montrer que les biomarqueurs p-tau phosphorylés 181 et 217 étaient présents dans le sérum et les muscles des patients atteints de SLA.
L’étude a porté sur des cas de SLA, des cas de MA, et des témoins, recrutés dans quatre centres (3 en Allemagne et 1 en Italie). Le p-tau 181 et le p-tau 217 ont été recherchés, (i) dans le sérum des patients (immunodosage), et (ii) dans des biopsies musculaires (immunohistochimie et spectrométrie de masse).
La sélection des cas reposait sur la disponibilité d'échantillons de sérums provenant de sujets ayant les critères fiables de diagnostic des maladies, semon les recommandations actualisées des sociétés savantes.
Le diagnostic de SLA a été posé selon les critères révisés d'El Escorial (El Escorial revised criteria for the diagnosis of amyotrophic lateral sclerosis).
Le diagnostic de MA reposait sur l'analyse des biomarqueurs du LCR, selon les recommandations de la National Institute on Aging and Alzheimer's Association. Les cas témoins comprenaient des sujets dépourvus de toute preuve clinique et neuroradiologique de maladie neurodégénérative.
Au total 362 sujets ont été inclus dans les 3 cohortes (Co) : (i) la Co SLA comprenait 152 patients, (ii) la Co MA 111 patients, et (iii) la Co témoins 99 sujets. Les patients atteints de MA étaient plus âgés que ceux atteints de SLA et que des cas témoins.
Les deux espèces de p-tau ont été recherchées dans le sérum de tous les cas en utilisant l’immunohistochimie et la spectrométrie de masse, et dans les biopsies musculaires de 18 cas de SLA et de 19 témoins.
Les taux sériques de p-tau 181 et p-tau 217 étaient plus élevés dans le sérum des patients atteints de MA et de SLA par rapport aux témoins, sans différences entre les patients atteints de MA et de SLA. Les analyses ont révélé la présence de p-tau 181 et 217 dans les biopsies musculaires des cas de SLA et MA, les échantillons de SLA montrant une réactivité accrue de p-tau dans les fibres musculaires atrophiques.
Les auteurs confirment, dans cette étude portant sur 362 sujets issus de trois cohortes multicentriques, que les taux sériques de p-tau 181 sont élevés dans les cas de SLA et de MA par rapport aux témoins, et que cela est également vrai pour les taux sériques de p-tau 217.
Plus important encore, ils ont montré la présence de p-tau 181 et de p-tau 217 dans les biopsies musculaires de cas de SLA à l'aide de spectrométrie de masse et d'immunohistochimie, fournissant des preuves que le tissu musculaire strié peut être une source périphérique supplémentaire de p-tau sanguin.
Ils concluent que l’élévation des taux sériques des p-tau 181 et p-tau 217 chez des patients atteints de SLA nécessite des études supplémentaires sur la pathologie du tau périphérique dans les maladies neuromusculaires. A l’avenir, les espèces de p-tau pourraient être utilisées pour diagnostiquer à la fois la SLA et la MA, interrogeant l'inclusion récemment proposée du sang p-tau 181 et p-tau 217 comme tests de dépistage spécifique pour la MA.
Le potentiel du biomarqueur p-tau comme test de dépistage spécifique de la MA semble remis en question, en raison du chevauchement des paramètres pathologiques aux stades asymptomatiques ou précoces de la MA et de la SLA. Cette perte de spécificité pourrait être compensée par la possibilité de réaliser un dépistage groupé de maladies neuro-dégénératives
Ref : Abu-Rumeileh S, Scholle L, Mensch A, et al. Phosphorylated tau 181 and 217 are elevated in serum and muscle of patients with amyotrophic lateral sclerosis. Nat Commun. 2025 Mar 5;16(1):2019. doi: 10.1038/s41467-025-57144-7. JIM.fr
