Les problèmes liées à l'"ancienne nouvelle" formulation du Lévothyrox ont créé un traumatisme et ont posé la question de la bioéquivalence entre les différentes formes galéniques d'un même médicament.
Cependant, la responsabilité de l'industrie pharmaceutique n'est pas toujours engagée comme le montre de façon éloquente une observation récente qui concerne un patient ayant une thyroïdite auto-immune en hypothyroïdie avec une résistance thérapeutique aux comprimés de lévothyroxine. Par ailleurs, il existait une hypertension artérielle, elle aussi réfractaire au traitement ainsi qu’une une thrombopénie.

Les auteurs, après avoir éliminé toutes les causes de persistance d'une élévation de la TSH sous traitement bien mené, ont formulé l’hypothèse d’une implication du phénomène de Multi Drug Resistance (MDR) connu de longue date en oncologie et pathologie infectieuse, impliquant la famille de certains transporteurs membranaires (ATP binding cassette).

L'expression de ABCG2/BCRP (initialement mis en évidence sur des lignées cellulaires de cancer du sein et de cancer du côlon avec résistance aux chimiothérapies) était augmentée au niveau des leucocytes du patient de manière significative par rapport à des volontaires sains. ABCG2/BCRP semble avoir un rôle de protection de la cellule en évitant l’accumulation de substances étrangères, médicaments et autres toxiques dans la cellule. 
Ainsi, par exemple, le placenta est normalement partiellement protégé par ce système. En parallèle, il était constaté une augmentation inhabituelle de l'efflux cellulaire de la daunomycine qui était inhibé par la fumitremorginc,un puissant inhibiteur du phénomène de MDR.

Les auteurs ont tenté de contourner le problème en modifiant la présentation du médicament. ils ont eu la surprise de constater que la résistance de la TSH à la lévothyroxine diminuait lorsque les comprimés étaient écrasés. 
Il en allait de même pour le traitement antihypertenseur.

Les auteurs posent l'hypothèse de la présence d'une augmentation de l'expression de ABCG2/BCRP au niveau de l'intestin du patient dont l'effet est plus faible avec des comprimés écrasés de lévothyroxine.

Ce cas semble anecdotique mais pourrait avoir quelques conséquences pratiques pour certains patients.

On a souvent des problèmes d'équilibrage de la TSH pour des raisons multiples et parfois très banales, par exemple d’observance thérapeutique, interférences médicamenteuses, alimentaires et bien d’autres choses qu'il faut d'abord éliminer avant d'envisager une telle hypothèse.

Écraser les comprimés de L-Thyroxine : Pourquoi pas ? Toutefois on pourrait aussi essayer dans ce cas de figure les formes liquides ou apparentées qui sont dorénavant multiples sur le marché.

On peut se poser la question de la raison pour laquelle le fait d'écraser les comprimés de Lévothyroxine améliore la situation en présence d'une hyperexpression d'un transporteur membranaire.

Y-a-t-il un substrat génétique ou s’agit-il d’un phénomène induit (auto-immunité, rôle du microbiote)? Tout ceci reste à élucider. La balle est dans le camp des pharmacologues.

Référence : Tomohiko Yoshida et coll. : A Case of Hashimoto’s Thyroiditis with Multiple Drug Resistance and High Expression of Efflux Transporters. J Clin Endocrinol Metab., 2020, 105 (2) doi: 10.1210/clinem/dgz073.