Les vulvo-vaginites (VV) sont fréquentes chez les filles pré-pubères et pubères. Cependant, elles sont moins documentées que chez la femme adulte du fait d'une certaine réticence à effectuer des prélèvements et de la l'impossibilté d'être invasif. On savait déjà que différents agents irritants, les réactions allergiques ou les dermatites sont plus souvent en cause avant la puberté et responsables de VV non spécifiques. Cependant, à cet âge, l’absence d’œstrogènes, le pH neutre ou alcalin et l’absence de lactobacilles créent aussi des conditions favorables aux infections. A la puberté, les lactobacilles sont les germes prédominants qui diminuent le risque d’infection et le pH devient acide. A tout âge, l’hygiène locale est un facteur important à considérer et corriger avant tout prélèvement bactériologique. Les abus sexuels et les infections sexuellement transmissibles doivent être évoqués.

Une analyse rétrospective a été réalisée sur les prélèvements effectués entre 2009 et 2020 dans un service spécialisé d'Athènes. Ils concernaient des filles âgées de 2 à 16 ans ayant consulté pour des signes de vulvo-vaginite. Afin de rester dans le cadre de la VV banale, les auteurs ont exclus les infections récurrentes, les corps étrangers, les abus sexuels et les antibiothérapies en cours.

Les échantillons ont été prélevés par des gynécologues entraînés pour cette tranche d’âge à l’aide d’un cathéter stérile inséré dans le vagin. L’examen direct à l’état frais et la coloration de Gram ont permis la recherche de leucocytes, de cellules épithéliales, trichomonas, cellules évocatrices d’infection à Gardnerella vaginalis et de mycoses et la coloration de dénombrer les lactobacilles et autres germes. Le diagnostic de vaginose bactérienne a reposé sur un score calculé sur le frottis tenant compte de la densité des germes. L’examen direct a été suivi de mises en cultures.

Pas les mêmes agents microbiens avant et après la puberté
Sur la période de 12 ans, 2 314 patients ont été inclus : 1 094 filles pré-pubertaires (Tanner stade 1) et 1 220 pubères (Tanner ≥ 2). Les symptômes les plus fréquents étaient l’écoulement vaginal (89 %), l’érythème génital (%), le prurit (66 %), les douleurs pelviennes ou vulvaires (50%), une mauvaise odeur des sécrétions (32%), un saignement (15 %). Certains d'entre eux, comme les douleurs, les saignements et les pertes malodorantes étaient plus fréquents chez les pubères que chez les pré-pubères. Le nombre de cultures positives était plus important à la puberté (926/1220, 75,9 %) qu’avant (587/1094, 53,7 %) avec un plus grand nombre de pathogènes (984 vs 613). Les bactéries isolées comprenaient des cocci Gram+ (40 % pour les pré-pubères vs 23 % pour les pubères), des entérobactéries et autres Gram- (35,6 % pour les pré-pubères vs 24,8 % pour les pubères), les pathogènes d’origine fécale étant les plus prévalents (enterococcus foecalis 14 % et 7 % ; p < 0,01 ; colibacilles 14 % vs 6,6 %). Mais d’autres germes étaient aussi en présence notable, streptococcus pyogenes (9,6 % vs 4,7 %), haemophilus. Les candidas sp, rares chez les pré-pubères (1,5 %), étaient présents de manière significative chez les pubères (14,5 %). Enfin, une vaginose bactérienne a été diagnostiquée chez 22,8 % des filles prépubères et 37,9 % des filles pubères.
Ainsi, les résultats de culture doivent être interprétés avec précaution en cas de vulvo-vaginite. En période pré-pubertaire, les germes les plus communs sont des bactéries opportunistes d’origine fécale. Après la puberté, les résultats doivent tenir compte de la densité microbienne. Ces résultats donnent également des indications en l'absence de prélèvement pour mettre en place des antibiothérapies probabilistes adaptées à chaque cas.
RÉF : Baka S et coll. : Microbiological findings in prepubertal and pubertal girls with vulvovaginitis. Eur J Pediatr 2022: 181: 4149-4155

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