La possible persistance de symptômes plus de 6 mois après la phase aiguë de Covid-19, ou « Covid long » est un fait reconnu. De très nombreuses questions demeurent toutefois sans réponse. Une équipe française apporte de nouveaux éléments, dans une publication récente.  Cette équipe était déjà l’une des premières à suggérer, dès la période initiale de la pandémie, que les pièges extracellulaires des neutrophiles (NET pour neutrophil extracellular traps) jouaient un rôle clé dans la pathogénie de la Covid-19.
La production de NETs joue un rôle important en première ligne de la réponse immunitaire innée. Les neutrophiles activés en réponse à une infection produisent des NETs, structures extensives réticulées composées de fragments d’ADN, d’enzymes bactéricides (comme l’élastase neutrophile ou la myéloperoxydase) et de molécules pro-inflammatoires. Ces structures piègent les microorganismes dans le sang, empêchent leur dissémination et les isolent par leur fonction de coagulation. Mais le processus peut échapper à tout contrôle, déclenchant une réaction inflammatoire excessive avec une possible atteinte multi-organes comme on en voit dans les formes sévères.
Dans une précédente étude, les auteurs ont montré que les taux sériques d’élastase, de myélopéroxydase et d’ADN circulant d’origine nucléaire et mitochondrial, étaient plus élevés chez des personnes atteintes de covid-19, dans les formes non graves ou graves, ainsi qu’après la phase aiguë, par comparaison avec des individus en bonne santé. Cette analyse montrait aussi l’intérêt de ces marqueurs de NETs pour le diagnostic de gravité de la maladie.

Pour une nouvelle étude, ils ont inclus 122 patients, dont 26 avaient une forme non grave de Covid-19 et 44 une forme grave, ainsi que 42 patients précédemment hospitalisés en réanimation et présentant, 6 mois ou plus après leur sortie, au moins un symptôme en faveur d'un Covid long.

Les données confirment dans un premier temps la corrélation entre les taux de marqueurs de NETs et ceux d’ADN circulant et la gravité de la maladie et donc le probable rôle clé des NETs dans la pathogénie de la maladie.

Il apparaît aussi une présence plus importante d’auto-anticorps anti-cardiolipine chez les patients, en comparaison avec les témoins, notamment dans les formes graves. Ces auto-anticorps ont été associés à la survenue de complications thrombotiques, notamment de micro-thromboses, au cours de nombreuses infections virales.
Mais la véritable avancée est la persistance de taux élevés des marqueurs de NETs et d’ADN circulant chez les patients présentant des symptômes de « Covid long » 6 mois après la phase aiguë. En effet, si les taux d’élastase neutrophile, de myélopéroxydase et d’ADN nucléaire circulant baissent à distance de la phase aiguë, ils restent statistiquement supérieurs à ceux retrouvés chez les personnes en bonne santé : 90 % des patients ont des taux de marqueurs supérieurs aux taux moyens des personnes en bonne santé. La production d’auto-anticorps anti-cardiolipine peut elle aussi se maintenir plus de 6 mois après la phase aiguë de l’infection mais dans une moindre mesure (19%)
Ces résultats pourraient indiquer la persistance d’un déséquilibre de la réponse immunitaire innée, et une activité potentielle pro-thrombotique prolongée pouvant expliquer les séquelles de post-infection aiguë ou « Covid long ». Il est nécessaire de poursuivre les recherches afin d’une part de confirmer cela et d’autre part de mieux comprendre la nature de ce phénomène pouvant être grave et durable, pour améliorer la prise en charge thérapeutique des patients

Ref : Pisareva E et coll. : Persistence of neutrophil extracellular traps and anticardiolipin auto-antibodies in post-acute phase COVID-19 patients. J Med Virol. 2022 ; publication avancée en ligne le 13 octobre. doi: 10.1002/jmv.28209.

Archives Actualités scientifiques