De nombreuses études ont signalé une baisse de la qualité du sperme et d'autres marqueurs de la santé reproductive masculine. Une méta-analyse publiée en 2017 faisait état d'une diminution significative de la concentration des spermatozoïdes (CS) et du nombre total de spermatozoïdes (NTS) chez les hommes d'Amérique du Nord-Europe-Australie (ANEA) sur la base d'études publiées entre 1981 et 2013. À l'époque, trop peu d'études comportant des données sur l'Amérique du Sud/Centrale-Asie-Afrique (ASAA) étaient disponibles pour pouvoir estimer de manière fiable les tendances chez les hommes de ces continents.
La même équipe a effectué une nouvelle revue de la littérature avec méta-analyse actualisée dans le but d'examiner les tendances de la numération des spermatozoïdes chez les hommes de tous les continents. Après examen de 2936 résumés et 868 articles complets, 44 estimations de CS et NTS provenant de 38 études répondaient aux critères du protocole
En combinant ces nouvelles données avec celles de la précédente méta-analyse, la présente analyse comprend les résultats de 223 études, ce qui donne 288 estimations basées sur des échantillons de sperme collectés entre 1973 et 2018, fournis par 57 168 hommes. Des données étaient disponibles pour 6 continents et 53 pays.

Globalement, la CS a diminué entre 1973 et 2018 (pente dans le modèle linéaire simple : -0,87 million/ml/an, intervalle de confiance IC 95 %). Chez les hommes de tous les continents, la CS moyenne a diminué de 51,6 % entre 1973 et 2018 (-1,17 ; IC 95 % -1,66 à -0,68 ; p < 0,001). La pente de la CS était plus forte dans un modèle restreint aux données postérieures à 2000 et le pourcentage de déclin par an a doublé, passant de 1,16 % après 1972 à 2,64 % après 2000. Les résultats étaient similaires (voire pire) pour le NTS, avec une baisse globale de 62,3 %.
Cette analyse est la première à constater une baisse du nombre de spermatozoïdes chez les hommes d'Amérique du Sud, d'Amérique centrale, d'Asie et d'Afrique, entre 1973 et 2018, alors que la méta-analyse précédente n'avait pas la puissance nécessaire pour étudier ces continents. Les données suggèrent que ce déclin mondial se poursuit au 21ème siècle à un rythme accéléré.
La relation entre la CS et le délai de conception est non linéaire : au-delà de 40-50 millions/ml, une CS plus élevée n'implique pas nécessairement une plus grande probabilité de conception ; en dessous de ce seuil, la probabilité de conception diminue rapidement à mesure que la CS diminue. Au niveau de la population, la baisse de CS moyenne de 104 à 49 millions/ml pourrait ainsi impliquer une augmentation de la proportion d'hommes ayant un retard de conception.
Cependant, la mobilité et la morphologie des spermatozoïdes jouent également un rôle déterminant dans la fertilité et n'a pas été étudiée dans ce travail. De plus, on peut s’interroger sur la comparabilité des études, les techniques d’analyse des spermogrammes ayant évolué depuis les années 70.
Les auteurs concluent sur l’urgence d'effectuer des recherches sur les causes de ce déclin continu et de prendre des mesures préventives de nouvelles perturbations de la santé reproductive masculine.


RÉF:Levine H, Jørgensen N, Martino-Andrade A, et coll. : Temporal trends in sperm count: a systematic review and meta-regression analysis of samples collected globally in the 20th and 21st centuries. Hum Reprod Update. 2022 ; publication avancée en ligne le 15 novembre. doi: 10.1093/humupd/dmac035.

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