Depuis les années 1970, l'âge moyen de procréation est passé de 21 ans à plus de 28 ans et de nombreuses femmes ont ou cherchent à avoir des enfants passées 40 ans. La qualité ovocytaire des mammifères diminuant rapidement avec l'âge, cette tendance mondiale a entraîné une diminution globale des taux de fécondité des femmes et a augmenté la survenue de syndromes liés à l'infertilité. Ces phénomènes se produisent en raison du vieillissement des gamètes qui survient à un âge relativement précoce chez les femmes. En raison de l'augmentation de l'âge de procréer et de la baisse de la fécondité, il devient crucial de comprendre les mécanismes sous-jacents à ce vieillissement pour essayer éventuellement de les contrecarrer..

Une étude israélienne récente s'est intéressée à ces mécanismes et aux modifications de la chromatine et du génome dans le vieillissement ovocytaire.  Les observations montrent qu'avant l'apparition d'une aneuploïdie significative (9M chez la souris), les marqueurs d’hétérochromatine (chromatine dense non transcrite) des histones sont perdus et la maturation des ovocytes est altérée. Cette perte se produit à la fois dans les marqueurs d'hétérochromatine constitutives et facultatives, mais pas dans les marqueurs actifs euchromatiques (ADN transcrit).

L’étude montre que cette perte d'hétérochromatine avec l'âge se produit également dans les ovocytes de patientes bloqué au stade prophase I au laboratoire de FIV.
De plus, cette perte d'hétérochromatine s'accompagne dans les ovocytes de souris d'une augmentation des composants de la « machinerie » des constituants de l'ARN tels que Dicer et dsARN. Il est également associé à une élévation de l'expression des rétrotransposons L1 et IAP et des dommages dans l'ADN (coloration gamma-H2AX) et dans des protéines de réparation de l'ADN telles que Rad51.
Ces données peuvent être induites expérimentalement. L'inhibition artificielle de la machinerie de l'hétérochromatine dans les « jeunes » ovocytes par un traitement à la chaetocine ou à la TSA provoque une élévation de l'expression du rétrotransposon et des défauts de maturation des ovocytes.
A l'inverse, l'inhibition de la transcriptase reverse du rétrotransposon par le traitement à l'azidothymidine (AZT) dans les ovocytes plus âgés repare partiellement leurs défauts de maturation ainsi que l’activité de réparation de l'ADN. De plus, l'activation de l'hétérochromatine via divers traitements (molécule activatrice de SIRT1 SRT-1720, un traitement avec des inhibiteurs de l'histone acétyl-transférase (HATis) tels que la curcumine, ou la surexpression de Sirt1 ou Ezh2 via l'électroporation plasmidique) dans des ovocytes plus âgés provoque une régulation positive de l'hétérochromatine, une inhibition de l'expression du rétrotransposon et des taux de maturation accrus.
Ainsi, ces travaux révèlent une nouveauté dans le vieillissement des ovocytes, mettant évidence l’impact négatif de la perte d'hétérochromatine et de l’activation des rétrotransposons qui causent des endommagent l’ADN et altèrent la maturation des ovocytes. Il est important de noter que ce processus peut être inversé par un traitement antiviral ou épigénétique, ce qui ouvre peut-être la voie à des recours thérapeutiques

Ref : Peera Wasserzug-Pash, Rachel Rothman, Eli Reich, Lital Zecharyahu, Oshrat Schonberger, Yifat Weiss, Naama Srebnik, Yaara Cohen-Hadad, Amir Weintraub, Ido Ben-Ami, Hananel Holzer,Michael Klutstein. Loss of heterochromatin and retrotransposon silencing as determinants in oocyte aging. Aging Cell fevrier 2022.

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