Depuis près d'un siècle, la toux est considérée comme l'élément essentiel de transmission de la tuberculose (TB). Cette présomption découle de l’hypothèse que la transmission de la maladie est avant tout le fait de sujets très symptomatiques, notamment ceux qui toussent beaucoup.
Toutefois des données épidémiologiques récentes suggèrent qu’un simple bioaérosol provenant de sujets peu symptomatiques peut contenir un nombre variable de bactéries Mycobacterium tuberculosis (ou bacille de Koch, BK) vivantes et mobilisées par la seule ventilation pulmonaire normale. Cette caractéristique est un probable facteur d’entretien de la transmission interhumaine de la maladie.
Une étude Sud-Aficaine récente remet en question nos connaissances sur l'aérosolisation du BK par des sujets atteints d'une TB active. Chez 38 malades dont la TB était confirmée par positivité de l'examen direct de l'expectoration avec l'outil GeneXpert (test PCR recommandé par l'OMS), 3 types de bioaérosols ont été obtenus avant instauration du traitement antituberculeux.
Le premier échantillon était obtenu après respiration calme pendant 5 min dans un collecteur ad hoc. Le deuxième échantillon a été obtenu après 15 manœuvres de capacité vitale forcée (CVF), comme cela se fait lors d'une exploration fonctionnelle respiratoire.
Enfin le troisième échantillon a été obtenu après 15 épisodes de toux. La recherche de BK était respectivement positive dans 66 %,70 % et 65 % de ces situations. De plus, la respiration calme produisait certes 2,6 et 3,2 fois moins de BK que respectivement la CVF et la toux mais les germes étaient plus souvent viables dans la première procédure.
En modélisant sur 24h le temps de respiration calme et le nombre d’épisodes de toux il est apparu que le nombre de BK obtenus à la suite d'une respiration calme (18 000 à 20 000 cycles respiratoires/24h) contribuait à l’obtention de 90 % des BK alors que la toux n’en produisait que 3 % à 7 % (évaluation médiane de 446 épisodes de toux par 24h - premier quartile = 234 ; dernier quartile = 551).
Enfin la variabilité de la production du BK est davantage dépendante de l'individu que du type de manœuvre respiratoire. Plus de la moitié des sujets ont produit 0 à 2 BK pendant 15 min de respiration calme ou de toux alors que 3/38 participants ont produit plus d'un BK/min.
En termes de contrôle de la transmission tuberculeuse il paraît ainsi plus important d’identifier les individus produisant des BK en grand nombre que de chiffrer les symptômes respiratoires tels que la toux.
En conclusion, l'aérosolisation du BK est générée principalement par la simple mobilisation du volume courant, ce qui peut contribuer à expliquer la transmission de la maladie par des sujets peu ou pas symptomatiques. Comme envisagé par ce travail, ces résultats pourraient sonner le glas de la sacro-sainte « recherche de BK dans les crachats » en privilégiant d'autres modalités de recueil.
RÉFÉRENCES
(1) Dinkele R, Gessner S, McKerry A et coll. : Aerosolization of Mycobacterium tuberculosis by Tidal Breathing. Am J Respir Crit Care Med. 2022 Jul 15;206(2):206-216. doi: 10.1164/rccm.202110-2378OC
(2) Dowdy DW : Coughing Is Not Required to Transmit Mycobacterium tuberculosis: Another Nail in the Coffin. Am J Respir Crit Care Med. 2022 Jul 15;206(2):141-143. doi: 10.1164/rccm.202204-0645ED

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