Les espèces Fusobacterium sont des anaérobies obligatoires, Gram négatif, qui colonisent la cavité orale, les voies génitales féminines et le tube digestif. Parmi les 13 espèces, Fusobacterium necrophorum est responsable d’infections de la tête et du cou dont des pharyngites, sinusites, parotidites, otites et abcès dentaires.
La gravité est très variable, allant de formes non compliquées au syndrome de Lemierre qui comporte une infection primaire compliquée de thrombophlébite des veines profondes et d’embolies septiques. En raison des difficultés de culture de ces germes, la fréquence en est probablement sous-estimée.
Une étude rétrospective a été conduite à Tel Aviv et Jérusalem dans 3 centres tertiaires incluant les patients de moins de 18 ans qui avaient un prélèvement positif en 2010-2020 dans le sang ou dans un site d’infection. 
Premier constat : La fréquence en a augmenté : 19/105 hospitalisations en 2010-2015 vs 50/105 en 2016-2020 soit 2,5 fois plus.
Les outils diagnostiques évoluent également :  Les germes ont été identifiés par culture ou en biologie moléculaire par PCR (16S ribosomal RNA). Au total, 51 patients (garçons 51 %) de 1 à 16 ans ont été retenus ; aucun n’avait de déficit immunitaire. Les sites primaires de l’infection étaient l’oreille moyenne et/ou la mastoïde dans 55 % des cas (n = 28) et oro-pharyngés et respiratoires (amygdales, pharynx, dents, sinus, orbite, ganglions cervicaux, bronches) dans 41 % des cas (n = 21) ; les 6 autres enfants, avaient une infection des tissus mous (4) ou du système nerveux central (2).

Les enfants atteints d’infection de l’oreille étaient plus jeunes que ceux souffrant d’une autre infection (1,9 ans vs 3 ans, p<0,001). Les symptômes les plus fréquents étaient des otalgies, otorrées, induration rétro-auriculaire (n = 28, 55 %). Des signes d’otite ont été observés dans 26 cas (51 %). La fièvre ≥ 38° était inconstante (43 %) mais 50/51 avaient une CRP et/ou une leucocytose élevée.
Le diagnostic d’infection à Fusobacterium a été porté par culture aéro- et anaérobie du sang ou de pus dans 24 cas (47 %) et par PCR 28 fois (55 %), dans 2 cas par les deux techniques. La sensibilité des germes n’a malheureusement pas été testée ; 26 enfants (51 %) avaient reçu une antibiothérapie générale avant admission puis 48 (94 %) une antibiothérapie IV prolongée, associant le plus souvent ceftriaxone et métronidazole. La durée d’hospitalisation médiane a été de 15 jours (0-43).

Aucun décès n’a été déploré des complications significatives ont été fréquemment décrites : 21/51 cas (41 %) ont présenté  un abcès sous-périosté et 19 (37 %) un abcès sous-dural ou épidural. La source la plus fréquente était une otite. Une thrombose des sinus caverneux et autres, de la veine jugulaire ou de l’ophtalmique a été diagnostiquée chez 11 enfants. Des complications septiques locales (ostéomyélite 1 cas) ou à distance (abcès cérébraux 2 cas) ont été observées. La moitié des enfants (n = 47, 92 %) ont eu une intervention, drainage d’abcès, mastoïdectomie, drain trans-tympanique. Un seul enfant a eu des séquelles (surdité bilatérale)
En conclusion, les infections invasives à Fusobacterium sont en augmentation. Elles sont associées à des complications sévères fréquentes mais le taux de mortalité de 90 % avant les antibiotiques est quasi nul. La source la plus commune est l’otite moyenne aigue. Un diagnostic précoce par des techniques de PCR ou de microbiologie traditionnelle est souhaitable pour améliorer la prise en charge et réduire ces complications.
Ref : Hirschhorn A et coll. : Invasive Fusobacterium infections in children. A retrospective multicenter study. Pediatr Infect Dis J., 2022;41:517-522

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