VERS UN DIAGNOSTIC BIOLOGIQUE ABORDABLE DE L'ENDOMETRIOSE?
L'endométriose, pathologie fréquente qui toucherait 10 % des femmes, se définit par la présence de tissus endométrial en dehors de la cavité utérine. Sa physiopathologie est mal connue, sa symptomatologie est diverse, non spécifique, et son diagnostic est malheureusement souvent retardé. Cette difficulté diagnostique pose problème en termes de qualité de vie mais aussi d'infertilité féminine. Le diagnostic repose sur un faisceau d'arguments cliniques, radiologiques et histologiques. La possibilité d'avoir un diagnostic biologique reposant sur des techniques non invasives serait donc très appréciable.
L'analyse de l'expression de micro-ARNs (miARNs) - petits ARNs non-codants, régulateurs post-transcriptionnels, modulant l'expression génique en s'appariant avec un ARN messager-cible – a permis de constituer les signatures moléculaires en micro-ARNs de certaines pathologies cancéreuses ou dégénératives. La recherche de ces bio-marqueurs moléculaires, détectables dans le plasma et la plupart des liquides du corps, a été appliquée à l'endométriose.
Une étude française "ENDO-miARN" a identifié dans un 1er temps un profil d'expression de miARNs spécifique à l'endométriose, par séquençage sur l'ensemble des miARNs du génome, et dans un 2ème temps a évalué un test diagnostic sur la salive, à partir de cette signature moléculaire.
Deux cents femmes qui souffraient de douleurs pelviennes et d'une dysménorrhée évoquant une endométriose ont été incluses dans l'étude. Elles ont bénéficié d'une cœlioscopie et/ou d'une IRM pour confirmer le diagnostic. Pour celles qui ont eu une cœlioscopie, le diagnostic d'endométriose (83) a été confirmé par une analyse histologique. Pour celles qui n'ont pas eu de cœlioscopie, le diagnostic d'endométriose, fait sur l'IRM (70), a été confirmé par deux radiologues experts. A la suite de ces examens, les femmes ont été réparties en 2 groupes : 153 femmes avec endométriose (76,5 %), et 47 femmes témoins (23,5 %), sans endométriose. Il n'y avait pas de différences significatives en termes d'âge (≈31 ans) ou d'IMC (≈24,5) entre les deux groupes.
Le test salivaire miARNs a été pratiqué chez les 200 femmes, sans que soit révélé leur statut vis à vis de l'endométriose. Parmi les 2 561 miARN connus, 109 ont été sélectionnés pour établir la signature moléculaire en mi ARNs de l'endométriose. Le modèle retenu pour la signature moléculaire a révélé une sensibilité de 96,7 % et une spécificité de 100 %. Les résultats très probabnts ont conduit les auteurs à chercher une chaine de causalité.
Parmi les 109 miARNs composant la signature diagnostique de l'endométriose, 84 miARNs sont liés à des systèmes physiopathologiques bénins ou malins, seulement 2 avaient déjà été impliqués dans la physiopathologie de l'endométriose, et 29 associés à la voie de signalisation principale de l'endométriose.
L'ENDO-miARN est la première étude prospective ayant évalué un test salivaire utilisant une signature moléculaire en micro-ARN pour détecter l'endométriose. Un test diagnostic, l'Endotest®, qui sera prochainement commercialisé par la Société Ziwig, devrait permettre de diagnostiquer plus précocement cette pathologie fréquente et complexe, dont la prise en charge représente un enjeu majeur de la santé de la femme.

Ref :Bendifallah S, Suisse S, Puchar A et coll. : Salivary MicroRNA Signature for Diagnosis of Endometriosis. J Clin Med., 2022, 11,612. doi.org/ 10.3390/jcm11030612

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