L’éosinophilie dans le sang périphérique peut être définie par un taux, en valeur absolue, de polynucléaires éosinophiles supérieur ou égal à 500/mm3. Les causes possibles sont nombreuses, allergiques, infectieuses, inflammatoires, néoplasiques. La nature ne peut en être déduite du taux absolu des éosinophiles et de ce fait, même une éosinophilie modérée implique des investigations. Après les allergies, les infections par helminthes représentent la part numériquement la plus importante et ces étiologies doivent être prioritairement envisagées en cas de provenance de pays d'enémie parasitaire.
Une étude a été conduite dans un hôpital pédiatrique de Madrid, centre de référence national pour les maladies tropicales, entre janvier 2014 et mai 2018. Elle concernait des patients de moins de 18 ans adressés par les structures de soins primaires, les départements d’allergologie, les centres de réfugiés. Tous ceux dont l’éosinophilie était ≥ 500/mm3 (501 à 3295/mm3) ont été retenus et soumis à un protocole standard. Outre les examens courants, les recherches sur 3 échantillons de selles ont inclus Strongyloïdes, Toxocara, Schistosoma et sur les urines Schistosoma haematobium en cas de sérologie positive ou d’hématurie. Si ces examens étaient négatifs, d’autres sérologies ont comporté éventuellement Taenia solium, Trichinella spiralis, Fasciola hepatica, Echinococcus granulosus et IgE anti-ascaris et anti-anisakis.
Pendant la durée de l’étude,938 enfants (âge médian 7,7 ans, étrangers pour la grande majorité) venant de 53 pays ont été testés ; 163 (17,4 %) ont présenté une éosinophilie et ont été inclus dans l’analyse. Les patients provenaient des 5 continents dont 27,6 % d’Asie : 44 % étaient des enfants adoptés, 26 % des migrants, moins de 10 % étaient nés en Espagne. Les deux tiers des enfants étaient asymptomatiques, adressés pour bilan après l’arrivée en Espagne. En tout, 122 participants (75 %) avaient des parasites intestinaux dont 43 (26 %) plusieurs ; 92 enfants (56,4 %) étaient porteurs d’au moins un helminthe.
Après un premier échelon de tests, une étiologie plausible de l’éosinophilie a été identifiée pour 75 enfants (46 %), par examen microscopique des selles (56 %) et sérologie (39 %). Parmi les 88 autres enfants, un second examen des selles était positif 5 fois, les tests sérologiques 7 fois, les IgE spécifiques 3 fois (Ascaris 2, Anisakis 1). La recherche de S haematobium a été négative 15 fois sur 15. Finalement, l’étiologie est restée inconnue pour 66 patients (40,5 %).
Trois quarts des enfants avaient une éosinophilie modérée (500-1000/mm3) ; au-dessus de 1 000/mm3, des parasites, en particulièr des helminthes étaient présents dans 80 % des cas. 
Chez les enfants avec une cause identifiée et chez 6 traités empiriquement, l’éosinophilie s’est résolue en médiane en 7 mois (5-9). L'intérêt du diagnostic et du traitement est donc indiscutable compte tenu des sequelles que peuvent occasionner à long terme certaines parasitoses.
En conclusion, les helminthes sont la principale cause d’éosinophilie pour les enfants migrants. Ils doivent être recherchés, en répétant ou en diversifiant si besoin les examens, en particulier si le compte dépasse 1 000/mm3.
Ref : Bustamant J et coll. : Eosinophilia in migrant children. How should we proceed? Pediatr Infect Dis J.,2022; 41:102-107

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