La responsabilité du virus d’Epstein-Barr (EBV) dans le déclenchement de la sclérose en plaques (SEP) est évoquée depuis longtemps, avec en particulier une érude de 2005 montrant des taux élevés d'Ac anti-EBNA chez les patients récemment diagnostiqués. Néanmoins une étude américaine rétrospective de grande ampleur permet pour la première fois d'établir un lien de causalité. 
La SEP concerne 2,8 millions de personnes dans le monde dont 100.000 en France, et environ 5.000 nouveaux cas chaque année. La cause exacte de cette maladie inflammatoire chronique démyélinisante n’est pas connue. Le lien de causalité avec l'EBV est difficile à établir car on estime actuellement que 95% de la population mondiale est infectée par l'EBV, du fait d’une contamination généralement dans l'enfance ou l'adolescence.
Pour préciser le lien existant être SEP et EBV, les chercheurs, dont l’étude vient d’être publiée dans la revue Science, ont utilisé les données d’une cohorte comprenant plus de 10 millions de jeunes adultes en service actif dans l'armée américaine. Ils ont analysé des échantillons de sérum prélevés tous les deux ans par l'armée et déterminé le statut EBV des soldats au moment du premier échantillon et la relation entre l'infection à EBV et l'apparition de la SEP. 
Ainsi, au cours de la période de service, 955 personnes ont reçu un diagnostic de SEP. Les auteurs ont alors pu calculer que le risque de SEP a été multiplié par 32 après une infection par EBV, alors que qu’il ne l’était pas après une infection par d'autres virus, y compris le cytomégalovirus qui se transmet de manière similaire et appartient à la même famille des herpesvirus.  
En outre, ils ont observé une augmentation des niveaux sériques de la chaîne légère des neurofilaments, un biomarqueur de la dégénérescence neuroaxonale, typique de la SEP, qui n’apparaissait qu'après la séroconversion de l'EBV.  
Les auteurs estiment que ces résultats ne peuvent être expliqués par aucun autres facteur de risque connu de SEP et suggèrent que l'EBV est la principale cause de la SEP. Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques même s'il n'y a actuellement aucun moyen de prévenir ou de traiter efficacement l'infection à EBV. L'intérêt de développer un vaccin contre l'EBV ou le ciblage du virus avec des médicaments antiviraux spécifiques à l'EBV pourraient être envisagés afin de prévenir ou guérir la SEP
Ref : Science, 13 janvier 2022. Communiqué de l’Université d’Harvard, 13 janvier 2022

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