Alors que de grands espoirs étaient nés du fait de la vaccination, l'émergence à l'automne 2021 du variant B.1.1.529, devenu depuis lors Omicron, a résolument changé le visage de la pandémie .La grande vitesse de propagation dans la plupart des régions du globe liée à l’extrême contagiosité se traduit par une hausse vertigineuse du nombre de contaminations quotidiennes dans tous les pays.
Face à cette évolution cataclysmique et inattendue, bien des questions se posent, notamment celle de l’efficacité des vaccins à ARNm, tels que le BNT162b2 (Pfizer– BioNTech). Que reste-t-il de son efficacité initiale qui avait été estimée à 95 % face à la première souche et aux premiers variants du SARS-CoV-2 ? Quel est l’impact d’une troisième dose d’un tel vaccin, en comparaison à la deuxième dose, par exemple ? Les données cliniques sont encore insuffisantes pour répondre à cette question, mais il est possible de se tourner vers certaines variables biologiques pour apporter une réponse au moins partielle à ce questionnement.

Une étude du type cas-témoins, publiée le 29 décembre 2021 , a ainsi consisté à évaluer le pouvoir neutralisant du sérum de sujets ayant reçu trois doses de Pfizer– BioNTech face à des cellules infectées par quatre représentants du SARS-CoV-2 : la souche originale et les variants B.1.351 (beta), B.1.617.2 (delta) et Omicron. Deux groupes de volontaires vaccinés ont été constitués : dans l’un (n=20), les prélèvements sériques ont été effectués en moyenne 4 mois après l’administration de deux doses de BNT162b2 et, dans l’autre (n=20), en moyenne 25 jours après l’administration d’une troisième dose du même vaccin.
Les trois doses ont permis d’obtenir un effet neutralisant supérieur à celui des deux doses, quel que soit le virus avec une efficacité variable d’un variant à l’autre, comme en témoigne la moyenne géométriques des titres sériques mesurés : 
-      deux doses : souche princeps : 16,56 ; variants beta, delta et omicron, respectivement 1,27, 8,00 et 1,11
-     trois doses : respectivement 891,4, 152,2, 430,5 et 107,6.
Cinq mois après la deuxième dose de BNT162b2, le pouvoir neutralisant du sérum des sujets vaccinés apparaît faible sur la souche initiale et les variants beta ou delta, et carrément nul quand il s’agit d’Omicron. La troisième dose permet de multiplier par un facteur cent ce pouvoir neutralisant face à Omicron (versus deux doses), même si par rapport au variant delta, l’efficacité (in vitro) du rappel est divisée par quatre.
Certes, l’effectif est restreint et les résultats obtenus relèvent de la biologie stricte sans la moindre information de nature clinique. Ces limites de taille n’interdisent pas pour autant des hypothèses au demeurant étayées par l’évolution actuelle de la pandémie à l’heure de la vaccination de masse qui limite les formes graves chez les sujets ayant bénéficié d'un rappel.
La durée d’action de la troisième dose reste à déterminer, tandis que le variant Omicron change résolument la donne épidémiologique, en privilégiant la contagiosité à la virulence : c’est du moins ce qui ressort des premières études de terrain, la prudence restant de mise pour prédire l’évolution de la pandémie dans les mois à venir…

Ref : Nemet I et coll. To the Editor : Third BNT162b2 Vaccination Neutralization of SARS-CoV-2 Omicron Infection. N Engl J Med 2021 : publication avancée en ligne le 29 décembre. DOI: 10.1056/NEJMc2119358.
 

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