L’impact négatif de l’obésité sur le pronostic des formes sévères du Covid-19 se confirme à l’échelon mondial. C’est notamment le cas aux Etats-Unis où plus d’un Américain sur trois est concerné. Cette comorbidité semble contribuer largement à la lourde mortalité occasionnée dans ce pays par le Covid-19 même chez les sujets relativement jeunes. Un article synthétique (3) attire l’attention sur les mécanismes et les facteurs qui semblent expliquer la vulnérabilité des patients obèses face à diverses infections virales incluant certes le SARS-Cov-2 mais aussi les épidémies saisonnières de la grippe. Il est avéré qu’au cours de ces dernières, les sujets obèses présentent plus de formes sévères. Par ailleurs, cette synthèse met en exergue quelques particularités épidémiologiques et envisage des mesures préventives.

De fait, de nombreux mécanismes expliquent la susceptibilité des patients obèses face aux infections virales dont le Covid-19. Des déséquilibres hormonaux, une défaillance de l’immunité innée et adaptative et la sédentarité conjuguent leurs effets pour favoriser ces infections et accroître leur sévérité. Une inflammation systémique chronique de faible grade contribue au dysfonctionnement métabolique qui caractérise l’obésité. Elle repose sur la mise en jeu de certaines cytokines pro-inflammatoires telles le TNF-alpha et l’interleukine-6 qui sont produites par la graisse viscérale, véritable glande endocrine. C’est au niveau de l’appareil respiratoire, notamment du poumon, que la faiblesse immunitaire pourrait avoir les conséquences les plus sévères, d’autant que la mécanique ventilatoire, les échanges alvéolo-capillaires et la mobilité diaphragmatique peuvent être déficients en cas d’obésité abdominale et aboutir à une insuffisance respiratoire chronique plus ou moins patente, souvent méconnue du fait de la sédentarité(1). Il y a donc une double faiblesse, immunitaire et mécanique, face aux agressions virales.
Des facteurs favorisants une dissémination virale plus importante et plus prolongée peuvent également être retrouvés. Trois facteurs contribueraient à augmenter la contagiosité des patients obèses :
une excrétion plus prolongée du virus (dans le cas de la grippe : jusqu’à + 104 %) par rapport aux sujets de poids normal(3); un micro-environnement cellulaire et métabolique propice à l’émergence de souches virales plus virulentes, probablement du fait d’une moindre production d’interférons permettant aux virus de se répliquer plus facilement. cette hypothèse a été avancée dans le cas de la grippe mais rien de tel n’a été évoqué dans le cas de SARS-CoV-2.
Enfin il existerait une corrélation positive entre l’indice de masse corporelle et la quantité de virus dans l’air expiré surtout chez les hommes(3). En cas de positivité du test RT-PCR, une quarantaine un peu plus prolongée est-elle souhaitable ? La question se pose car la durée de l’excrétion virale serait plus longue en cas d’obésité dans le cas de la grippe (3) mais rien de tel n’a été suggéré dans pour le Covid-19.
D'une façon générale, le régime et l'activité physique sont conseillées pour renforcer les défenses immunitaires. C'est le pari difficile à tenir, plus encore en période de confinement, auquel est confronté cette fraction de la population. 

Références : 
(1) Simonnet A et coll. High prevalence of obesity in severe acute respiratory syndrome coronavirus-2 (SARS-CoV-2) requiring invasive mechanical ventilation. Obesity (Silver Spring). 2020 (8 avril) : publication avancée en ligne le 8 avril. doi: 10.1002/oby.22831.
(2) Lighter J et coll. Obesity in patients younger than 60 years is a risk factor for Covid-19 hospital admission. Clinical Infectious Diseases 2020 : publication avancée en ligne le 9 avril. doi.org/10.1093/cid/ciaa415
(3) Luzi L et coll. Influenza and obesity: its odd relationship and the lessons for COVID-19 pandemic. Acta Diabetol. 2020 : publication avancée en ligne le 5 avril. doi: 10.1007/s00592-020-01522-8.