Laboratoire de biologie médicale multisites VIALLE

VERS UN TEST SANGUIN DE DETECTION PRECOCE DES CANCERS ?

Envoyer Imprimer PDF

En cancérologie la détection précoce, voire le dépistage, qui s’effectue avant l’apparition des premiers symptômes, est la clé pour pouvoir envisager une prise en charge optimale de la maladie, obtenir les meilleures chances de guérison, et augmenter les chances de survie. Dans ce contexte, depuis quelques années, le concept de biopsie liquide se développe. Cette technologie est basée sur la recherche de fragments de l’ADN d’une tumeur dans le sang des patients. Elle permet ainsi d’éviter une biopsie classique, geste invasif et douloureux, souvent difficile à pratiquer de manière répétée, particulièrement chez des patients fragiles et/ou âgés, et dont l’échantillon prélevé est parfois de trop petite taille pour permettre des analyses moléculaires approfondies.

 

Des chercheurs de l’Université Johns Hopkins à Baltimore (Etats-Unis), sous la direction de Nickolas Papadopoulos, viennent de faire un pas supplémentaire majeur dans ce domaine, en montrant, dans une étude qui vient d’être publiée dans la revue Science (18 janvier 2018), que ce type de prélèvement sanguin pourrait être efficace pour détecter un ensemble de cancers à un stade très précoce de leur évolution. Si les données se confirment, il s’agirait d’un premier pas vers un un outil simple de dépistage universel des cancers.

Ce test, nommé CancerSeek, repose sur la recherche de fragments d’ADN circulant spécifiques des tumeurs. Et contrairement à la plupart des recherches actuellement en cours qui sont basées sur le séquençage d’un grand nombre de gènes, les chercheurs du Johns Hopkins ont séquencé seulement une partie des seize gènes qui mutent le plus souvent dans différents types de tumeurs. Et ils y ont ajouté huit biomarqueurs de protéines caractéristiques des tumeurs, tels que le CA 125, le CA 19-9, la prolactine, l’hépatocyte growth factor … Cette association permet d’augmenter la sensibilité du test. En outre, cette technologie offre aussi par ce biais, la possibilité de localiser l’origine de la tumeur

Pour évaluer l’efficacité du CancerSeek, les chercheurs ont réalisé une étude qui a porté sur un total de 1005 sujets, d’âge médian 64 ans. Tous avaient été diagnostiqués récemment pour un des huit cancers parmi les plus fréquents (ovaire, foie, estomac, pancréas, œsophage, colon, poumon, sein) à des stades variés de la pathologie, tout en excluant les patients présentant un stade métastatique. Ils ont été comparés à 815 sujets en bonne santé. Les résultats ont montré que le test CancerSeek avait globalement une sensibilité de 70% pour l’ensemble des huit cancers étudiés (43% pour les s les tumeurs au stade 1, 73% pour stades 2, 78% pour les stades 3). Plus précisément, il permettait de détecter la presque totalité des cancers de l’ovaire et du foie (98%), et deux cancers digestifs et du poumon sur trois (entre 60 et 70%). En revanche, seulement un cancer du sein sur trois (33%) était repéré. En outre, CancerSeek permet d’affiner la localisation de la tumeur : ainsi, le test a permis de limiter l’origine du cancer à 2 sites possibles pour 80% des patients de l’étude.

Il possède enfin l’avantage d’être disponible pour un prix raisonnable de 500 dollars. « Ce montant est excellent » car il est comparable à ceux d'autres tests actuels de détection du cancer comme la coloscopie, juge Anirban Maitra, un cancérologue du Centre du cancer Anderson à Houston au Texas.

Le taux de faux positifs était relativement bas puisque seules sept fausses détections ont été comptabilisées sur les 812 individus contrôle, soit une spécificité de plus de 99%. Cependant, cette possibilité pourrait être accentuée en cas de maladie inflammatoire, telle que l’arthrite, du fait du ciblage de protéines communes. Cette innovation est donc porteuse d’un immense espoir en oncologie. Il se pourrait, qu’à terme, on arrive à dépister des cancers avant tout développement de la maladie. Mais pour le moment, c’est encore loin d’être le cas. Ainsi, pour les patients de l’étude au stade les plus précoces de leur maladie (stade 1 asymptomatique), CancerSeek n’a montré une efficacité moyenne que de 43%. Pour les spécialistes, ceci pourrait être lié au fait que les tumeurs plus petites diffusent moins d'ADN dans le sang. « Pour l’heure, ces tests peuvent être considérés comme des tests de surveillance des populations à risque, comme les personnes ayant des prédispositions génétiques ou des malades atteints à un stade précoce », commente Alain Thierry directeur de recherche Inserm à l’Institut de recherche de cancérologie de Montpellier. A noter cependant que Cancer Seek permettait de détecter 100% des cancers hépatiques précoces.

Enfin, des questions éthiques se posent aussi, avec le risque de surdiagnostic et éventuellement de surtraitement que ce test pourrait entrainer.

Ref : http://science.sciencemag.org/content/early/2018/01/17/science.aar3247